Annexe
III
______________
Prophylaxie
du varron : l'avis d'un vétérinaire
par
le Dr Jani Vimond, de Pontaumur (63)
-
La prophylaxie du varron répond à un souhait dans lequel sont fortement
impliqués les très puissants Groupements de Défense Sanitaire (GDS).
-
Comme tous les praticiens vétérinaires je n'ai été informé que des
modalités
techniques et financières de cette opération et je n'ai, à ce jour, entendu
personne exposer une argumentation convaincante sur les raisons fondamentales
qui ont conduit à prendre une telle décision.
-
A toutes mes questions sur le " Pourquoi",
en réunion technique ou au cours de conversations avec la
Direction des Services Vétérinaires, les réponses se sont
pudiquement orientées sur le " Comment".
-
Il me semble donc qu'il ne soit pas convenable d'aborder le " Pourquoi".
-
Comme je suis opposé à cette prophylaxie pour des raisons très graves
qui me semblent engager l'éthique vétérinaire, j'ai posé la question du
devenir de mon mandat sanitaire au cas où je refuserais de participer à
l'éradication du varron.
-
Il m'a été répondu qu'on ne me retirerait pas ce mandat mais que mes
clients n'auraient pas la carte verte, ce qui revient à me laisser le choix
avec un couteau dans le dos.
-
Puis, un peu plus tard, la même question provoque une réponse plus
nuancée quant aux cartes vertes.
-
On parle aussi de contrôles inopinés pour repérer les boules
désormais interdites comme on le pratique déjà à propos des identifications
ou des déclarations relatives à certaines primes.
-
Bref, à défaut de convaincre, on ferait passer le rouleau compresseur
de la répression... comme toujours quand la logique est prise en défaut.
-
- Les
raisons de cette prophylaxie
-
-
Puisque les raisons sont obscures nous en sommes réduits à poser
la question du " Pourquoi" par la seule déduction
logique :
- - Le
varron pose-t-il un problème de santé publique ? La réponse est non.
- - Le
varron menace-t-il la santé des élevages ? La réponse est non.
-
Il existe bien quelques petits inconvénients mineurs sur des animaux
isolés ou de petits groupes d'animaux, mais le varron ne remet jamais en cause
ni l'économie d'une exploitation, ni la santé du cheptel.
-
Donc, si un animal ou un petit groupe d'animaux pose un problème particulier‚
alors qu'il s'agit d'un agent très peu ou pas pathogène, c'est qu'il faut
alors s'interroger sur les causes endogènes individuelles relatives à tel ou
tel animal.
-
Si on ne sait pas raisonner ainsi parce qu'on appartient à une école
qui ramène la pathologie à la notion d'agresseur, on traite cet animal-là ou
ce petit groupe-là avec l'une de ces molécules redoutablement efficaces contre
le varron.
-
Dans tous les cas de figure le varron proprement dit sera maîtrisé.
-
Ainsi certains éleveurs traitent systématiquement les
jeunes avec des "microdoses", d'autres traitent la douve et la stongylose
aux doses indiquées par le fabricant et "estourbissent" puissamment
le varron par la même occasion, d'autres enfin règlent le problème dans
le cadre du respect des équilibres biologiques de la faune et de la flore selon
des concepts qui
ne sont pas accessibles à l 'école majoritaire... mais tous maîtrisent le
varron, les uns en tuant le varron,
les autres en recherchant un état de santé globale plus subtile.
-
Mais personne n'est inquiet.
-
Donc en aucun cas, l'éradication systématique du varron sur une large
échelle n'est motivée par une menace sur la santé des cheptels.
-
- Le
varron menace-t-il l'économie des exploitations ?
-
-
100 % de mes clients répondent non !
-
Si le varron provoque dans le pire des cas, une baisse de
rendement, elle est absolument négligeable (annexe XV) devant un très grand
nombre d'autres facteurs bien plus préoccupants comme les problèmes posés par
les salmonelloses, la BVD, les troubles pulmonaires, les carences minérales,
et... les surproductions qui accentuent les risques et sont sources
du désespoir rural.
-
Il faudrait une maîtrise très pointue des paramètres économiques
d'une exploitation pour mesurer l'incidence du varron !
-
Donc, l'incidence économique sur le rendement d'une exploitation n'est
pas à l'origine de la décision d'éradication.
-
Il n'y a aucune demande de l'exploitant de base ( de demande spontanée !
), donc on peut s'interroger sur la distorsion entre cette demande de
ceux qui représentent les éleveurs et leurs adhérents !
-
Il ne faut, en effet, pas confondre une réunion dite d'information avec
un débat contradictoire équilibré.
- Si on élimine les motivations portant sur la santé publique (qui sont
nulles), celles portant sur la santé des cheptels (qui sont nulles) et celles
portant sur l'économie de l'exploitation (qui ne sont pas mesurables )...,
que
reste-t-il?
-
Rien... sinon le cuir.
-
Or, le cuir n'est pas payé à l'éleveur.
-
Donc, c'est pour des raisons extérieures à la santé des hommes et des
animaux et à l'économie rurale que les éleveurs vont devoir se soumettre.
-
Or, pour une décision qui relève du "caprice" politico-commercial
et qui repose sur une argumentation très légère, quels risques va-t-on
prendre ?
-
- Nous
allons prendre le risque de la double faute professionnelle.
-
-
1) Il est dangereux de tuer les larves de varron pendant la période
réservée aux prophylaxies obligatoires (automne-hiver) ; en dehors
de cette période nombre de vaches sont inaccessibles.
-
Ne pas respecter le moment du traitement lié au cycle du varron est une
faute que le vétérinaire ne peut ignorer.
-
Si une vache est malade ou meurt à cause du traitement, qui couvrira ?
-
On répondra que le cas est prévu... sauf qu'il faut en apporter une
preuve très difficile à établir.
-
De toute façon reste la faute professionnelle dont personne ne parle.
-
Même dans le cas (improbable) d'établissement de la preuve, l'éleveur
serait couvert financièrement, mais le vétérinaire, lui, reste avec une faute
professionnelle sur les bras et sur la conscience !
-
-
2) La prophylaxie va se faire avec l'une ou l'autre de ces
molécules modernes très efficaces dont les délais sont au moins de 28
jours pour la viande et sont rigoureusement interdites pendant la production de
lait destiné à la consommation humaine.
-
Une ordonnance doit
être rédigée
selon les indications de doses indiquées dans l'AMM (Autorisation de Mise sur
le Marché).
- La
durée du temps d'élimination doit être indiquée sur l'ordonnance, de la main
du prescripteur qui donne les soins à l'animal et, là encore, selon les
indications de l'AMM.
-
L'ordonnance doit être conservée et suivre l'animal y compris à
l'abattoir durant tout le temps du délai d'attente.
-
La prophylaxie du varron a déjà commencé dans certaines zones.
-
La loi, conformément aux indications des AMM, a-t-elle oui ou non été
respectée ? L'est-elle ? Le sera-t-elle ?
-
Les fameuses "microdoses" ne sont pas à ce jour dans l'AMM.
-
Donc elles ne peuvent être prescrites.
-
Y-a-t-il une définition légale de la microdose ?
-
Donc, dans tous les cas de figure nous sommes au plan de la prescription,
dans l'illégalité
!
-
Qui, dans ces conditions peut préjuger des conclusions d'un tribunal en
cas de litige ?
-
Les GDS ont-ils, dans notre pays de France, pouvoir de couvrir
l'illégalité ?
-
Il est vrai que l'usage sauvage des médicaments
hors ordonnance est devenu un sport national qui laisse tout le monde
indifférent et que les molécules interdites en production laitière coulent à
flot y compris pendant la période de lactation.
-
Mais cette coutume n'a rien de légal... ni d'inoffensif pour le
consommateur !
-
Personne ne m'a déchargé à ce jour de respecter la loi.
-
Mieux, une autorité administrative le ferait-elle, que même dans ce
cas, l'attitude actuelle resterait illégale... nous serions seulement
deux hors la loi : l'administration et moi !
-
- Les
dérogations
-
-
Si elles existent un jour et rendent plus ou moins légale l'opération
(ou même totalement légale) ces
dérogations
ne changent rien au danger de tuer du varron à la mauvaise période.
-
Ainsi, les motivations sont floues et inavouables devant l'ensemble des
éleveurs, les modalités d'applications sont floues, les bases légales sont
floues, l'incidence économique indémontrable pour l'éleveur, le
danger du varron nul pour la santé publique et quasi nul pour les animaux... et
on engage l'argent public sur ces bases-là !
-
Mais il y a pire.
-
- La
faute écologique
-
-
Quel biologiste sérieux,
honnête, aura l'audace
de dire qu'ayant une connaissance complète et définitive sur tous les
facteurs de l'équilibre entre les espèces, il n' y a aucun risque à
faire disparaître un insecte ?
-
Or, on va prendre ce risque-là, dans une opération qui n'a aucun intérêt
sanitaire et économique. Cette responsabilité nous engage tous.
-
Si le crime écologique est effrayant, notre indifférence ne le serait
pas moins.
-
- La
crédibilité des lois
-
-
Ou bien les AMM sont inchangées.
-
Ou bien on les modifie.
-
Dans tous les cas on devra " triturer" la règle du
jeu.
-
Donc dans tous les cas il y aura eu au moins, à un moment donné, avant
ou après la modification, un mensonge !
-
Dans ces conditions quel crédit apporter aux règlements ?
-
- L'innocuité
de la microdose pour le consommateur
-
-
Un laboratoire, producteur d'une des plus célèbres molécules contre le
varron fabrique aussi, sur la même base, un médicament destiné à certaines
pathologies de l'oeil en Afrique.
-
Les dosages actifs sont extrêmement faibles, or ce produit est interdit
sur les femmes enceintes et pour les enfants de moins de quatre ans.
-
Que dire de la collecte de lait en période de prophylaxie ou même de la
consommation de viande ?
-
- La
crédibilité des productions biologiques
-
-
En ce qui concerne plus particulièrement les élevages biologiques, la vocation,
l'honneur des éleveurs est d'offrir à la consommation un produit dépourvu
de toute trace d'apport médicamenteux (pas forcément dosable, mais bien toute
trace).
-
C'est l'usage même de certaines thérapeutiques qui est interdit et contrôlé
sur les ordonnances et factures.
-
Ce point est important à considérer, mais il n'y a pas que cet
aspect résiduel.
-
En effet, il s'agit d'offrir au public un produit issu d'un autre
équilibre entre la terre, la plante¸et l'animal
auquel participent
aussi l'éleveur et le consommateur.
-
Il s'agit de sortir des cycles issus de la gestion classique moderne dont
les productions sont quasi "monstrueuses" au sein de la nature.
-
Il s'agit d'un autre art de nourrir et de vivre dans un climat de totale
confiance entre l'éleveur et le consommateur et même de "confiance"¸
entre l'animal et l'éleveur !
-
En particulier, l'éleveur s'engage à respecter les cycles biologiques
de la faune et de la flore.
-
C'est de cette harmonie qu'il tire la santé de ses animaux. Ainsi, il
faut bien comprendre qu'en ce qui concerne en particulier le varron, cette
harmonie, source de santé, n'est pas obtenue contre le varron, ni même malgré
le varron, mais avec le varron, comme avec l'ensemble de la faune
environnante.
-
L'éradication obligatoire du varron est donc une agression directe qui
blesse ces élevages profondément et atteint leur raison d'être.
-
Toute dérogation facilitant l'administration légale de molécules visant à
détruire le varron constitue une tromperie pour le consommateur qui sera
tenté de penser que cette " légalité" lui assure la qualité
biologique alors qu'en fait elle détruit l' harmonie pour laquelle il a
choisi d'acheter un produit " bio" !
-
Or, c'est ce que ne semble pas avoir compris ECOCERT à Toulouse
(organisation émanant du ministre de l'agriculture et contrôlant l'application
du cahier des charges des élevages "bio").
-
Cet organisme interrogé au téléphone sur la question du varron m'a
répondu que l'adaptation de la loi à la microdose l'autorisait à accepter le
principe de cette prophylaxie.
-
Or en milieu "biologique" c'est le principe même qui est
incompatible avec la qualité du produit.
-
Les éleveurs en agrobiologie doivent donc bien comprendre que ce n'est
pas en proposant un traitement différent qu'ils respecteront le contrat moral
qui les lie au consommateur et au respect des équilibres naturels.
-
-
L'éradication du varron est, en soi, incompatible avec les
principes de base de l'élevage biologique.
-
-
- Conclusion
-
-
Pour toutes ces raisons que sont le manque de sérieux des justifications
de cette opération, le flou légal qui l'entoure et surtout la faute contre
l'éthique des éleveurs ( "bio" ou non ), la
faute contre l'éthique vétérinaire, il faut demander avec force de renoncer
à cette prophylaxie.
-
-
Texte rédigé en 1997
-
retour
varron
-