TÉMOIGNAGE

de Joël Sternheimer

adressé au tribunal de Valenciennes le 5 juin 2001
pour le procès de trois "refuseurs" de l'éradication du varron (*)
 

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      Je soussigné, Joël Sternheimer, né le 31 janvier 1943 à Montluel (Ain), docteur en physique théorique, actuellement président du Réseau Associatif de Chercheurs Indépendants, association selon la loi de 1901 ayant son siège 1, rue Descartes, à Paris (5ème);

      atteste pour les avoir personnellement constatés, les faits suivants:

      Suite aux déclarations du Prof. Jean-Marie Pelt, président de l’Institut Européen d’Ecologie, faisant référence à mes travaux lors d’une conférence à la faculté de pharmacie de Caen, M. Pierre Paillard, président d’une association viticole et auditeur de cette conférence, est venu me trouver début 1999 pour m’alerter sur la question de l’éradication du varron, qui le préoccupait fort.

     Appliquant la méthode décrite et publiée dans le brevet n° FR 92 06765 (délivré pour la France en 1995 (1)) à la séquence d’aminoacides de l’hypodermine C du varron, dans le but de délimiter ses fonctions épigénétiques, j’eus la surprise de constater qu’elle permettait d’inférer, parmi d’autres propriétés régulatrices du métabolisme de son hôte, l’existence d’une action inhibitrice de cette collagénase sur le prion bovin, dont une mutation conformationnelle est connue pour être à l’origine de l’encéphalite spongiforme bovine (ESB, maladie de la vache folle).

     Exposant ces faits lors de deux conférences à Bruxelles le 20 avril 1999 puis à Caen le 21 avril, j’eus la surprise d’apprendre, lors de cette seconde conférence, un fait que j’ignorais alors, à savoir qu’un chercheur indépendant anglais, M. Mark Purdey, avait de son côté publié trois ans auparavant, dans la revue Medical Hypotheses, la découverte d’une corrélation statistique entre l’éradication du varron et l’apparition subséquente de l’ESB en Angleterre (2).

     Après avoir vainement tenté d’alerter sur ce point des autorités responsables, je mis quelque temps après ces constatations en accès public sur le réseau Internet (3).

      Quelque temps après encore, le développement en France de l’ESB faisait apparaître dans notre pays une corrélation similaire -- alors même que le produit utilisé pour l’éradication du varron avait été changé -- qui apportait une information supplémentaire, à savoir l’optimisation de cette corrélation par l’emploi de coordonnées bilogarithmiques, de nombre de cas comme de durées; ceci ne laissant guère de choix quant à la nature de l’interaction en cause, la présence d’une échelle logarithmique de durées étant en effet caractéristique des interactions telles que décrites dans le brevet précité, ainsi que l’explicite le texte du pli n° 17064 déposé à l’Académie des Sciences le 9 juin 1992.

     L’ensemble de ces données permet ainsi de conclure avec une très haute probabilité à une action protectrice du varron vis-à-vis de l’ESB, dont la corrélation observée en France permet de déduire par un simple calcul statistique, qu’elle concerne au moins 100 cas d’ESB qui auraient été évités s’il n’y avait pas eu d’éradication du varron.

      La question qui se pose alors est celle des conséquences de cette observation pour la santé humaine. Si le varron ne fait que freiner l’ESB, n’augmente-t-il pas la période d’incubation, et donc les risques pour l’homme qui consomme de la viande bovine? L’observation détaillée des séquences correspondantes recèle ici une nouvelle surprise, indiquant qu’apparaît au-delà d’un certain seuil une inversion de l’effet inhibiteur de l’hypodermine sur le prion (3), à savoir que le varron accélère alors au contraire le développement de la maladie - autrement dit, lorsque l’affection est telle que le varron ne puisse plus s’y opposer, il l’accompagne à son tour.

     Le varron apparaît ainsi par son génome remarquablement adapté à la vache en tant qu’élevée et consommée par l’homme, au point qu’une homologie entre le prion et la caséine kinase, tous deux inhibés par l’hypodermine C (3), permet encore d’inférer une diminution des risques de transmission du prion dans le lait par l’entremise du varron qui la ’parasite’. Le mot parasite lui-même paraît ainsi mal adapté pour ce commensal des troupeaux d’élevage, dont la valeur économique était bien connue des herbagers qui savaient la plus-value qu’il leur apportait en s’attaquant à des vaches chétives pour les rendre plus fortes... mais s’est éteinte avec leur profession, dont la disparition au début des années 70 a ainsi rompu l’équilibre séculaire entre ces trois espèces, le varron, la vache et l’homme.

      De ces trois espèces, celle qui à un moment a cessé de respecter les ’règles du jeu’ est donc la nôtre - à l’exception d’une poignée d’éleveurs ayant conservé la mémoire de ce savoir ancestral, et qui, par un paradoxe de l’histoire, se retrouvent aujourd’hui à comparaître devant les tribunaux.

     

     Notice technique sur la corrélation  entre  l’éradication  du 
varron et l’apparition subséquente, quelques années après (4  à  5 
en moyenne), de l’encéphalite spongiforme  bovine,  en  Angleterre 
comme en France. Pour notre  pays,  les  chiffres  que  l’on  peut 
déduire des données publiées par le Ministère de l’Agriculture (4)
et de celles réunies par M. Jean Coulardeau (5) pour le  début  du 
traitement varron dans chaque département, sont les suivants:

 Nombre de cas             Date moyenne du           Nombre de 
    d’ESB              début de l’éradication       départements
  en France                   du varron              concernés

  23 ou plus                    1991,0                   4
   10 à 20                      1993,0                   6
    2 à 8                       1994,3                  26
      1                         1994,8                  11
      0                         1995,2                  48

     Sur ce tableau, la corrélation, hautement significative ainsi 
que l’on peut s’en assurer à l’aide d’une calculette  scientifique 
du commerce, est bien visible, et permet d’estimer que  le  nombre 
de cas de vache folle en France (plus de 300  aujourd’hui)  aurait 
été probablement, sans  l’éradication  du  varron,  beaucoup  plus 
faible (6). La considération de la carte par département de  cette 
corrélation (visible sur  Internet  (3),  de  même  que  la  carte 
correspondante établie par conté en Angleterre  par  le  chercheur 
indépendant anglais Mark Purdey et publiée par lui  en  1996  dans 
Medical Hypotheses (2)), où elle est clairement visible,  fait  en 
outre apparaître un effet de seuil  compatible  avec  le  passage, 
très  caractéristique  des  EST,  d’une   affection   initialement 
sporadique à un caractère  infectieux.  L’aspect  légèrement  plus 
dispersif constaté pour la région bretonne - comme  en  Angleterre 
en général -  y  souligne  enfin  l’hypothèse  (2)  d’une  origine 
multifactorielle de la mutation conformationnelle en cause. 

 

      Conclusion. Plutôt que d’éradiquer le varron, il paraîtrait sans doute plus convenable de développer l’étude des mécanismes qui le rendent capable de ’vacciner’ sélectivement les troupeaux. Un progrès scientifique fiable passant aujourd’hui à mon sens (7) par le respect de l’objet d’étude, l’indépendance des chercheurs, et la démocratisation de l’évaluation scientifique, ceci implique que les personnes concernées puissent désigner elles-mêmes leurs représentants, ce qui éviterait ainsi de mobiliser les tribunaux.

                                   Joël Sternheimer
                            Docteur en physique théorique
                            Président du Réseau Associatif 
                          de Chercheurs Indépendants (Paris)


(1) J. Sternheimer, brevet n°  FR  92  06765  (1992),  délivré  le 
13/7/1995; pli à l’Académie des Sciences n° 17064 (1992).

(2) M. Purdey, Medical Hypotheses, vol. 46, p. 445 (1996).

(3) J.  Sternheimer, Sur  les  fonctionnalités  épigénétiques  de 
l’hypodermine du varron (1999), accessible avec mise  à  jour  sur 
Internet à l’adresse http://www.bekkoame.ne.jp/~dr.fuk/BSE-F.html.

(4) Accessibles via le site internet de l’INRA http://www.inra.fr.

(5) La Ribe, 43430 Les Vastres.

(6)  La  simple  comparaison  de  la   date   moyenne   de   début 
d’éradication des 18 départements les plus  touchés  avec  les  48 
départements  jusqu’ici   exempts   d’ESB   est   déjà   hautement 
significative.   Dès    décembre    dernier,    Michel    Bounias, 
écotoxicologue et biomathématicien à l’INRA, avait pu estimer à  1 
sur 10 millions les chances que la corrélation observée  entre  le 
début de l’éradication et le premier cas de vache  folle  quelques 
années après  soit  due  au  hasard.  La  corrélation  aujourd’hui 
visible sur la carte de la réf. (3), dont  la  probabilité  d’être 
due au hasard est de 1 sur 216 millions, permet quant  à  elle  de 
donner à 99% de certitude pour le nombre de cas d’ESB qui auraient 
été évités si l’on n’avait pas procédé à l’éradication du  varron, 
une valeur déjà supérieure à 100 (sur 314). La démocratisation des 
calculettes rend aujourd’hui aisée la vérification de ces éléments 
(référence:  R.  Heller,   Manuel   de   statistique   biologique, 
Gauthier-Villars, Paris 1968, chap. 19, pp. 259-260).

(7) J. Sternheimer, Nature, vol. 402, p. 576 (1999).

(*) Les trois refuseurs ont été relaxés par jugement rendu le 17 octobre 2001 à 14 heures. Ce document reprend la substance d'un témoignage oral devant le tribunal de Nantes le 14 mai précédent, pour le procès de trois autres refuseurs qui ont également été relaxés le 17 juin 2002.

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