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Essai d’un texte pour feu le petit journal de Bioventure, gratuit et fait avec amour   "Le Col vert" ( brouillon, long, incomplet mais bien pour commencer à essayer à faire le point... Fait en février 99 et donc plutôt dépassé )

IL Y A BIO ET BIO, c’est logique ?

Sans prétendre faire un travail d’historien, on peut dire que c’est à partir des années 50 que les engrais chimiques et les semences imposées ont commencé à envahir massivement l’agriculture traditionnelle. Quant à l’agriculture biologique, sous l’impulsion de Rudolf Steiner, il y avait déjà un courant biodynamiste au début du siècle, mais très marginal évidemment. Ce n’est que dans les années soixante avec les « babas cool » qu’une réelle prise de conscience s’est opérée : début des coopératives biologiques, des mentions « Nature et Progrès », « Déméter » etc … au sein desquelles les agriculteurs s’engageaient à obéir à un cahier des charges rigoureux ; s’ajoutait un contrôle rigide et payant au sein de l’organisme détenteur de la mention. De là sont nées également les centrales d’achat des coopératives biologiques, et les distributeurs des magasins diététiques se sont eux aussi ouverts aux produits biologiques     ( Bonneterre, la Vie Claire etc…). Mais tout ceci était encore très marginal. Avec le temps et leur développement, les gestionnaires de mentions n’ont plus pu se passer des organismes de contrôle légaux, dont l’incontournable Ecocert. A la suite d’accords européens, et avec l’institution du logo AB, seul le contrôle, ( Ecocert en est l’organisme leader ) est devenu obligatoire pour l’obtention du logo AB ( : être au moins 95% bio). Donc, les années 90 auront signé la fin des mentions et de leurs cahiers des charges, lentement mis au point par les pionniers de la bio… Nature et Progrès a ainsi vu partir beaucoup d’adhérents : à quoi bon payer et une mention plus un contrôle ? Déjà que les agriculteurs et artisans paient énormément de charges, on comprend qu’ils aient choisi massivement de ne payer que le seul contrôle obligatoire, à savoir Ecocert, qui s’est ainsi bien enrichi.

Petit détail : le cahier des charges d’Ecocert pour le logo AB est sur bien des points bien moins rigoureux que celui de ses ancêtres Nature et Progrès ou Déméter. Il n’y a qu’à prendre l’exemple du miel Nature et Progrès ( pas d’antibiotiques, alors qu’Ecocert les tolère etc. ) et surtout du pain : le pain Nature et Progrès n°1 est au levain exclusif, garanti sans levure ajoutée, alors que le pain Ecocert en tolère un pourcentage etc. La liste serait longue et le mieux est de lire les cahiers des charges respectifs, celui de l’élevage notamment est très instructif.

Sur le plan écologique, il faut bien commencer par convertir « le traditionnel », mais comme par hasard, ces cahiers des charges « bio-limite » vont de pair avec le soudain engouement de la grande distribution pour les produits bio. On s’y met !

…Pourvu que ça rapporte et surtout que ça casse les petits commerces bio qui les avaient promus :  c’est ce qui s’était déjà passé avec les petites épiceries de village et les premiers supermarchés…

Le grand bazar qu’est devenu la bio a donc vu s’ériger des grandes structures ( la plupart des produits sont aux mains de grands groupes financiers, dont des multinationales du transgénisme et de la chimie ), et les petits producteurs dans tout ça ?

Soit ils ont disparu, soit ils travaillent en soustraitance pour la grande distribution ( qui préfère quand même importer, c’est moins cher ), soit ils sont restés fidèles aux cahiers des charges d’avant Ecocert, et ils l’appliquent toujours, même s’ils ne sont plus adhérents de la mention… On a ainsi des produits bio- limite qui passent juste le contrôle, et d’autres qui dépassent les exigences du cahier des charges.

D’autres continuent de soutenir la cause en restant membres d’associations diverses et en appliquant leur cahier des charges ; certains enfin refusent de payer le contrôle Ecocert et ne peuvent donc plus se prétendre bio, alors qu’ils appliquent un cahier des charges supérieur à celui de la législation…D’autres, dégoûtés, ne sont plus rien du tout et vendent localement «  des produits de la ferme », alors qu’ils sont bio depuis plus de trente ans ! ! ! Quant aux petites coop d’antan, certaines sont devenues des grandes S.A tenues par des hommes d’affaires, et d’autres restent petites, misant sur le contact humain et la proximité…

Vous remarquerez que le bio grande surface n’a jamais de mention, il n’y a qu’Ecocert – AB et basta. Les médias ont bien fait la leçon pour gommer en vitesse un historique quelque peu dérangeant, et disséminer savamment leur produits AB dans les rayons, à côté des produits transgéniques des hyper qui nous feraient presque croire qu’ils ont toujours été bio ! Dur de s’y retrouver, non ?

  M. S.. février 1999

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