Petite histoire de la coop Bioventure
Sous
forme de fragments piochés ici et là, l’histoire d’une coop bio. au pays du
soleil…
Heureusement,
j’ai un mari compréhensif et ouvert, nous aimons lire
( pas de télé à la maison ) et de fil en aiguille je commence à
entreprendre un canevas qui n’est pas encore terminé...
Je
vois en fait une juxtaposition de savoirs et de thérapies, mais je n’ai pas
encore trouvé le chaînon manquant : homéopathie, médecines douces… le médicament
est quand même roi, et notre mode de vie alors ? Ou bien c’est
l’explication psy : tout est dans la tête oui, mais…
Un
jour, je m’arrête devant un discret panneau « Nature et Progrès »
et finis par atterrir chez un paysan bio. Bien que fraîchement accueillie, je
m’accroche et à force de poser des questions j’en arrive à faire partie des
familles qui se servent à cette ferme. C’est là que j’entends pour la première
fois parler de « coop bio », un concept encore flou mais qui m’intéresse
d’autant plus que mes recherches progressent.
J’aperçois
dans un coin « Les bonnes adresses de
la Bio. » de Nature et Progrès, et j’en profite pour y relever des
adresses de ces fameux lieux mythiques…
Je
ne suis pas déçue : après être revenue plusieurs fois à cause des
horaires, j’en tiens une, lors d’un séjour dans le Sud-Ouest : une
vraie, avec sacs de céréales béants, légumes clairsemés, et plein de produits
inconnus et attirants. Mais surtout, il y a des livres et des revues qu’on ne
trouve pas ailleurs, et si l’accueil reste frais pour qui n’est pas « initié »,
je passe outre et je m’instruis.
A
mon retour de vacances, mes fermiers bio traversent une mauvaise passe : le
domaine va être vendu, et les agriculteurs doivent partir ( c’est une région où
les terrains rapportent bien plus pour bâtir que pour l’agriculture ! ) :
on me parle d’un projet de création d’une coop, ce qui leur permettrait de se
créer une nouvelle situation. En route pour l’aventure !
C’est
là, au cours des réunions préalables que je découvre d’autres familles motivées
par les produits bio : à cette époque, les agriculteurs sont encore regroupés
en C.O.M.A.C ( groupes locaux qui
s’entraident ) et Nature et Progrès dispose d’un réseau étendu de membres.
Les statuts sont trouvés et le financement provient d’un emprunt personnel (
les banques ne prêtent pas, on
s’en serait douté ).
La
coop est une Société coopérative civile de consommation, statut légal qui
permet de démarrer une activité avec un capital de mille francs environ. La part
sociale -valable indéfiniment- est fixée à 20 F minimum (3 €), pour que tout
le monde puisse accéder à ces produits soi-disant réservés aux riches. Ce
statut a l’avantage d’être plus crédible auprès des fournisseurs qu’une
association, car il y a une inscription au Registre du Commerce etc.
Le
local élu est plutôt destroy, mais il
y a des bonnes volontés pour le retaper bénévolement, malgré le froid (...) La
coop ouvre finalement et je m’y inscris, ravie de pouvoir enfin acheter
ces produits sans être obligée de courir aux quatre coins du département.
Je
constate que je vais de moins en moins dans le petit supermarché du coin, ce qui
est un grand bien, car on a jamais autant l’air abruti que lorsqu’on pousse un
caddie là-dedans.
De
parents agriculteurs ruinés par le Crédit Agricole et le système, j’ai hérité
de la haine de ces endroits immondes que sont les grandes surfaces : je sais
depuis longtemps qu’ils paient très mal et très longtemps après leurs
fournisseurs, mais entre temps, ils placent leur argent et le font fructifier chez
les banquiers, et tout le monde trouve ça très bien…
La
coop a la chance de démarrer avec déjà la bonne clientèle de la ferme bio, et
petit à petit elle s’étoffe. C’est tant mieux car très vite il y a un
salarié, ce qui récompense les fermiers bio de leurs années de galère
agricole.
Les
années passent…1990-92 :
je connais maintenant les revues alternatives « Silence »,
« Les quatre saisons du jardinage »,
« Observez »
(1) etc. Je reprends des études, de psychologie cette fois. La fac n’est
pas vraiment ouverte aux courants alternatifs, je joue le jeu universitaire et
j’apprends des choses intéressantes, notamment en psychologie sociale.
Pourtant, toujours pas vraiment de réponse à mes questionnements : il me
faut juxtaposer plusieurs savoirs mais quand je fais la cuisine, qu’est-ce qui
me dit que je procède comme il faut etc ?
J’en
suis là quand je lis « Sauvez votre
corps » du Dr. Catherine Kousmine, une femme exceptionnelle qui avait
tout compris. Le plus que j’y trouve m’explique comment nous en sommes arrivés
à notre société de consommation pourrie :
comme ces rats qu’elle a nourris avec la nourriture raffinée des suisses
des années 50, et qui n’ont pas tardé à se déglinguer, alors que ceux qui
mangeaient la nourriture des suisses du siècle dernier (
aliments complets, non raffinés ) se portaient comme un charme…
Et
où était passé ce qu’on avait raffiné : dans les profits ! Plus on
en enlève, plus on peut en vendre par ailleurs, il a suffi de lancer la mode
bourgeoise du pain blanc etc. et le tout était joué, et il l’est toujours
d’ailleurs, sauf qu’aujourd’hui on est passé à la vitesse supérieure avec
les aliments transgéniques ( entre autres ).
Voilà,
cependant à cette époque j’en ai un peu marre de cette coop style « magasin
d’Etat » qui ressemble un peu trop à ses consoeurs : accueil..., légumes
bio mais trop souvent avachis, guère
d’écoute, et surtout j’ai le sentiment qu’on ne se met pas à la place du
consommateur, même un minimum : tout est en vrac, même les dattes gluantes ;
où sont les sachets, comment prendre un fromage dégoulinant sans s’en
mettre partout etc, autant de détails peut-être petit-bourgeois, mais je
commence à penser que ce n’est pas parce qu’on est dans un commerce différent
qu’il faut laisser les gens se débrouiller avec rien : un minimum de prise
en considération ne nuit pas…
Je
me demande si les responsables de la coop mesurent tous les conflits et tous les
obstacles intérieurs qu’il faut vaincre pour entrer dans ce type de
magasin-coop : en fait, les gens ne savent pas trop comment ça fonctionne;
souvent l’entourage n’est pas très heureux de percevoir un changement
d’alimentation ( ce n’est
heureusement pas mon cas ), et cela fait beaucoup de
choses nouvelles à gérer dans l'esprit de celui ou celle qui franchit la
porte.
(...)
Les préoccupations financières semblent omniprésentes et jettent une ombre sur
le côté militant. Je perçois comme une contradiction avec ce qu’on affiche et
la réalité, mais je suis naïve et idéaliste, heureusement pour moi !
(...)
L’ensemble n’est pas très épanouissant.
-
Idée :
pourquoi ne pas créer une autre coop un peu plus loin, dans une zone qui ne fera
pas concurrence à l’autre coop ? Je finis par exposer mon projet qui
n’est pas mal accueilli, au contraire : la responsable nous parraine
– nous sommes quatre à être intéressés dont mon mari et moi – auprès de
la centrale d’achats bio – « Bioc... », confédération de
structures coopératives - où elle se sert. Nous déposons les mêmes statuts de
société coopérative, un capital de 1200 F et le tour est joué puisque nous
investissons nos économies ( environ 50.000 F ) pour
constituer un petit stock avec du matériel pour la vente. Le local n’est pas
mal, la petite ville de Trets est à une dizaine de km de la maison et la route
est charmante. Nous jouons nos propres bénévoles pour faire les travaux et comme
nous ne connaissons absolument personne dans le coin, nous posons des affiches
pour que les gens sachent qu’une coop va s’ouvrir : à l’époque, on
dit que la bio concerne quelques 2% de la population, il viendra bien quelqu’un !
Je
suis des cours d’astrologie, plus que parallèlement à la psycho, et nous
trouvons comme heure d’ouverture 15h 30 un vendredi :
ça marche, les gens sont là et nous avons déjà une cinquantaine d’adhérents.
J’angoisse parce que je ne sais pas bien rendre la monnaie, on a juste une
calculette.
Les
horaires resteront cool : un petit mi-temps, on peut faire autre chose à côté.
Pas la peine d’ouvrir s’il n’y a pas de livraison de produits frais, et
comme ça les légumes n’ont pas le temps de s’avachir. Les premiers venus
sont réceptifs et sont contents de trouver un endroit où s’approvisionner
exclusivement en bio. D’autres sont curieux, il y a bien sûr aussi des gens que
ça dérange... (2)
Mais
reprenons dans le détail :
1993…
L’idée
vient donc de prendre forme. Les statuts sont
ceux de la coop X…, dont la gérante a fait spontanément partie avec son
mari des 6 signataires. Il nous faut
trouver un nom : il y a déjà alentours 2 coopératives avec des noms de
"montagnes", et nous pensons tout naturellement à coopérative Sainte
Victoire. Mais le terme est galvaudé, alors pourquoi pas Bio-Venture, ancien nom
de la montagne Sainte Victoire ? C’est bien utile d’avoir fait lettres
classiques ! Le nom est adopté. Les statuts sont déposés : entre les
frais d’enregistrement et ceux d’annonces légales (« le
courrier d’Aix » ), on a dû s’en sortir dans les 4000 F. Le local
est trouvé. Nous avons moins de 3 mois pour y installer nos rayonnages –achetés
à une petite supérette de Meyreuil qui fermait- et faire l’isolation à nos
frais. Le local fait environ 80 m au sol et comporte un étage dont le plancher
n’est pas très stable. C’est Didier qui accomplit la tâche périlleuse de
mettre de la laine de verre et de lambrisser quelques 80 m² de plafond. Anick
vient aider à peindre les étagères
qui avaient besoin d’un coup de neuf…
Nous
distribuons des affichettes pour informer de l’ouverture prochaine de la coop.
Je téléphone aux représentants des associations écologistes, pensant à tort-
mais heureusement je ne le savais pas à l’époque- qu’ils seront tout de
suite intéressés par notre projet. Notre voisin et ami Bodhan, jeune retraité
dynamique, en placarde un peu partout à des endroits stratégiques. Elles étaient
libellées en ces termes :
UNE
COOPERATIVE BIOLOGIQUE A TRETS…
Bonjour !
Nous
avons décidé d’ouvrir une coopérative de produits biologiques à TRETS. Elle
s’appelle BIOVENTURE et se trouve au numéro 40. Zone Industrielle, route de
Gardanne ( à côté de Trets-Piscines ).
Une
coopérative, c’est un lieu où l’on trouve des produits naturels, issus de
l’agriculture biologique, rigoureusement sélectionnés et certifiés par des
organismes sérieux comme Nature et Progrès, Déméter.
Vous
y trouverez donc des fruits et légumes, des céréales, du pain au levain, des
huiles, des vins, jus de fruits, fromages, mais aussi des produits d’entretien,
des livres…
Une
coopérative, c’est aussi un lieu d’échanges et d’information sur tout ce
qui concerne la protection de l’environnement, l’alimentation et la santé
naturelles.
Une
coopérative, c’est une structure associative, ça n’est pas tout à fait un
commerce comme les autres…Venez nous voir !
NOUS
OUVRONS LE VENDREDI 7 MAI A 15H30.
Une
réunion d’information est prévue d’ici là. Si vous désirez y participer,
vous pouvez nous joindre au n°…, aux heures des repas de préférence.
A
bientôt !
Nous
avons donc ouvert le vendredi 7 mai à 15h30 car d’après les astres (!) c’était
une bonne heure pour ouvrir. Nos horaires étaient fonction de mes horaires de
cours (j’étais alors en 2ème
année de psycho à la fac d’Aix), et
surtout de nos livraisons hebdomadaires : Relais Vert livre le mardi et le
jeudi. Le pain de la boulangerie bio du Cannet des Maures arrivait le mardi et le
vendredi…
Donc
pour la très petite histoire, en 1993, à Trets, la coop ouvrait les mardi et
vendredi de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h 30. Les mercredi et samedi de 9h30 à
12h 30.
Le
téléphone était : 42.61.59.75.
Nos
voisins immédiats étaient les garages VAG et Ford de Trets, un marchand de matériaux,
un autre de piscines, et les ferrailleurs du coin, sans compter notre voisin et
propriétaire, Mr L… dont l’épouse nous a fait l’honneur d’acheter une
part sociale et de venir un temps acheter une boîte d’œufs chez nous.
Donc,
le jour de l’ouverture, avec une calculette prêtée ( elle avait un ruban !),
la coop fait son premier chiffre d’affaire de quelques 5000 F et inscrit une
quarantaine d’adhérents : certains sont toujours fidèles à la coop
depuis, et c’est en grande part à eux qu’est dédiée cette tentative
d’historique.
Le
local est grand, il y a des bidons alimentaires achetés à grands frais pour
contrer les mites et par souci d’hygiène : ils abritent sucres, farines et
certaines céréales ( riz…), levure de bière maltée en vrac, etc. dont nous
pensons que les adhérents motivés
par la bio connaissent l’usage et ne vont pas tarder à les vider : erreur
grossière, mais ça non plus nous ne le savons pas encore.
Pour
profiter des ressources locales, nous choisissons la banque Société Marseillaise
de Crédit, qui a une agence à Trets. Pour nous soutenir, celle-ci manque nous
infliger un interdit bancaire au bout de moins d’un mois, pour un découvert de
moins de 1000 F, dont ils ne nous avertissent même pas. Le compte est aussitôt
fermé et nous passons chez les CCP, avec une période d’essai héritée de la
menace d’interdit bancaire de la SMC : merci les banquiers.
Le
mois de juin et de juillet 93 se passent bien, nous partons en vacances et, comme
elle le fera chaque année par la suite, la coop n’ouvrira qu’un jour et demi
par semaine en Août. C’est l’inénarrable Bodhan qui prend le relais et qui
terrorise Fred, adhérente de la première heure qui ne savait pas encore ce qui
l’attendait quand elle s’est proposée de venir aider ! Heureusement
qu’elle est là d’ailleurs, car Bodhan n’est pas vraiment passionné par la
bio, mais plutôt par le contenu de la caisse qu’il vérifie sans relâche. Les
gens continuent à venir plus ou moins, mais ils semblent très méfiants par
rapport aux produits qu’ils n’ont guère vus ailleurs qu’ici. Heureusement
que nous avons encore des réserves personnelles et des idéaux, car un
gestionnaire averti n’aurait pas trouvé la situation très porteuse !
Mais
voilà qu’il nous arrive tout un groupe de gens qui logent au camping de Peynier,
en attendant de trouver des maisons dans le coin. Ils disent venir de Bretagne et
s’installent assez vite, trouvant facilement travail et logement… Pour la coop,
leur arrivée est une aubaine : ils connaissent les produits et mangent bio ! !
Ils nous font même acheter un sac de 25 kg de gluten de blé pour faire leur
seitan (4), une denrée d’une autre planète ! Mais ces gens sont un peu
bizarres, ils partiront soudainement s’installer massivement dans une autre
ville. Nous n’entendrons plus parler d’eux, et le sac de gluten aura bien du
mal à se vider...
Fred
vient de plus en plus régulièrement et nous en deviendrons presque
interchangeables, Anick participe aussi à la vie de la coop. Bioventure va
solliciter un premier contrat CES. C’est Didier qui correspondrait le mieux au
profil. Il faut apprendre petit à petit à jongler avec les fournisseurs, et à
s’organiser en ne vendant pas n’importe quoi. Je devais être bien organisée
et avoir une sacrée dose d’enthousiasme à l’époque car je continue à
passer mes examens à la Fac, et pas qu’en dilettante. Pour la psycho sociale je
suis servie.
1994 :
On fait connaissance avec le froid, il faut acheter des chauffages, une adhérente
nous vend un appareil japonais et un
autre est acheté à crédit.
-
« Il fait froid chez vous ! » Bonne raison pour ne plus venir ?
Toujours est-il que ça ne marche pas très fort : il y a beaucoup de pertes,
la banque ne suit pas ( à l'époque,
les chèques mettent longtemps – 10 jours- à être encaissés chez les CCP ),
les dettes s’accumulent. Et nous n’avons pas du tout la vocation de
gestionnaires, seulement des idéaux très puissants, qui d’après moi, vont
permettre à toute la structure de fonctionner. Nos « amis »
fournisseurs, la plate-forme BioP..-BioC...
veulent être payés rubis sur l’ongle, et nous leur commandons donc moins, préférant
leurs concurrents R. Vert, grossistes bio davantage compréhensifs. A cette époque,
le fait d’être membre d’une structure coopérative représente encore quelque
chose pour les gens et, c’est sous forme d’un légitime appel au secours que
la gérante procédurière que je suis convoque une « assemblée générale
extraordinaire »:
Texte
du compte rendu de l’assemblée extraordinaire du 5 février 1994 :
Un
grand merci aux 30 présents et aux 20 représentés : ça redonne le moral
et l’envie de continuer !
Lors
de cette réunion :
-
Nous avons re-précisé les notions de « coopérative », « adhésion »,
« conseil de surveillance », mentions biologiques » etc.
-
Bref historique de Bioventure : comment on passe de 6 adhérents à 222 (à
ce jour).
-Bref
aperçu financier : avec un chiffre d’affaire de 50 000 F en moyenne par
mois
( depuis 4 mois), une marge bénéficiaire
très réduite de 20%, la coop couvre ses frais, sans plus…
-
Nous avons eu un échange de vues avec la gérante de la coopérative X…
( 700 adhérents en 3 ans, 1.5 millions de C.A annuel ). Cette coop a été créée
avec le soutien d’une quarantaine de familles, et a pu dégager un salaire à
plein temps au bout de 6 mois ! quant à nous, nous avons créé Bioventure
avec au départ une seule famille, la nôtre ! Après huit mois, une
trentaine de familles nous soutiennent…alors, un salaire ou un demi-salaire dans
6 mois ?
-
C’est vrai que nous avons eu envie parfois, de tout abandonner… La présence
en ce jour, et malgré la pluie, de tous ces gens qui se sont déplacés en
apportant leur chaise, nous donne envie de persévérer et de développer notre
projet.
A
la demande générale, nous avons conclu qu’il est vital que la gérante
Mireille ainsi que Didier et Anick, tous bénévoles, puissent être secondés :
nous devons pouvoir compter sur une ou deux équipes de secours en cas d’absence
( cet été en particulier ). Donc, pour tout ce qui concerne les informations sur
nos produits, les fournisseurs, les commandes, le fonctionnement de la coop, nous
serons désormais à la disposition de ceux et celles qui veulent nous aider et
s’initier à la gestion d’une structure comme la nôtre, surtout pendant les
« heures creuses » en début d’après-midi ( mardi et vendredi).
-Décision
de mettre un cahier de desiderata à la disposition des adhérents. Nous invitons
ceux-ci à toujours nous dire ce qu’ils pensent de nos produits.
Il
ne nous est pas possible de tout avoir en stock ; si un produit manque, nous
pouvons le commander et l’avoir ( plus ou moins ) rapidement. Il suffit de
demander !
Le
local de la coop coûte cher : 3100 F /mois pour une surface de 170 m² dont
80m² en étage et pour l’instant inutilisables.
Deux
perspectives : trouver un autre local moins cher…mais le déménagement
entraînerait de nouveaux frais…
Effectuer
des travaux de mise aux normes de sécurité : coût des matériaux environ
10 000 F, main d’œuvre bénévole ( toujours les mêmes…). Nos adhérents et
nous-mêmes bénéficierions ainsi d’une salle utilisable pour de multiples
activités (informations, conférences, formation…).
La
question du financement reste posée : pourquoi ne pas faire de petites conférences
débats avec une participation aux frais modique, qui servirait à l’achat de
matériel ?
-
Pour l’assemblée générale annuelle ( au mois de mai), nous avons besoin
d’une salle pouvant accueillir environ 150 personnes : tout le monde doit
être convoqué. Qui peut nous aider à
en trouver une ?
-
Divers projets : conférence sur l’Agriculture biologique, sorties chez les
producteurs… Tout cela ne peut se faire que si nous nous unissons et coopérons.
L’union
fait la force : comme l’a suggéré une adhérente, si chacun de nos adhérents
arrivait à convaincre au moins une autre personne, BIOVENTURE pourrait vivre et
prospérer…
Il
s’est dit beaucoup d’autres choses ! !
Merci
et à bientôt !
Avec
le recul, comme ces lignes peuvent
paraître incongrues et naïves,et combien peu de ces projets ont pu se réaliser,
mais l'on ne pourra pas dire que nous n’ayons rien tenté ! Le fait
d’être libéré de l’emprise de la télévision et de tout ce qui s’en
suit, donne vraiment une grande force morale. Quelque part, elle a su porter ses
fruits, car nous avons continué…
Les
Assemblées Générales, les lettres…
Dur
dur, c’est la rentrée !
A chaque
rentrée, en septembre-Octobre, c’est toujours pareil : il y a eu les
vacances, et les habitudes sont rompues…ainsi que les bonnes résolutions du début
de l’année : nous perdons ainsi des adhérents qui ont d’autres chats à
fouetter, c’est la vie ! mais pour la coop, c’est dramatique et voilà
que nous battons le rappel, dans un style je l’avoue, plutôt « brut de
fonderie » qui n’a pas fait que des heureux.
Lettre
aux « bons coopérateurs » :
CHER(E)
ADHERENT(E) ,
Vous
faites partie de nos adhérents fidèles et nous vous en remercions.
Mais
c'est la rentrée, et comme chaque année à cette époque la Coop a de graves
soucis financiers dus au manque à gagner de l'été.
Pour
nous en sortir, il va falloir appliquer une gestion plus rigoureuse de nos achats
: C'est grisant de voir ses rayons bien achalandés, plein de produits
formidables, c'est bien de vouloir contenter même ceux qui demandent
l'impossible... mais c'est à l'opposé de l'esprit d'une véritable coopérative,
qui est un endroit
où
chacun doit faire des efforts; les produits épatants qu'il faut solder et les
dettes qui s'accumulent sont là pour nous rappeler les principes élémentaires
d'une saine gestion... !
Nous
allons profiter de l'application de la charte BioC...
(vous n'avez pas fini d'en entendre parler !) pour revoir notre gestion ainsi que
notre stock dans le sens d'une sélection très stricte du point de vue des
garanties biologiques, mais aussi dans le sens de ce qui «tourne» bien et vite.
Il y aura donc des soldes et des produits nouveaux.
Nous
ferons appel à vous pour nous aider à référencer les produits sur les têtes
de rayons ( étiquetage avec logo BioC...).
Après
deux ans d'expérience, nous commençons à savoir ce qui nous coûte cher; par
exemple les produits en vrac: un sac de 25 kg de farine que nous payons à 20
jours...et qui met quelquefois jusqu'à 6 mois pour se vider! Beaucoup de ces
produits seront désormais proposés en petit conditionnement de 500 g ou 1 kg .
De
même, il n'y a pas de raison
que
quelqu'un qui nous achète 25 kg de farine paye le même prix que celui qui n'en
prend que 100 g ; aussi ferons-nous désormais un prix de gros à partir de 3 kg,
5 kg
ou
25 kg. Idem pour les huiles en bidons de 5 litres.
Nous
avons actuellement des problèmes pour payer certains de nos fournisseurs... Il
faudra donc attendre un peu pour voir réapparaître certains produits (...).
Nous
espérons que ce petit journal (envoyé par courrier à nos 300 adhérents fantômes)
leur donnera envie de revenir , mais nous comptons plus que jamais sur vous pour
que BIOVENTURE continue à fonctionner comme une vraie Coop.
PS
: Récemment une adhérente nous a proposé de nous aider en faisant chaque mois
une avance sur ses achats: à BIOVENTURE en effet, on peut savoir pour combien
on achète par mois. Ce système est pratiqué dans de nombreuses Coop ( certaines
l'imposent à leurs adhérents) ; nous disposerions ainsi d'un «volant de manœuvre
» financier plus confortable : finis les découverts, agios & cie.. .
Tout cela reste à mettre en place. A vous de voir si vous vous sentez prêt(e) à ce type de fonctionnement.
Merci
de votre collaboration, et bonne lecture !
Lettre
aux « moins bons coopérateurs » :
CHER
COOPERATEUR,
Vous
faites partie des adhérents qui ne viennent que rarement, voire jamais, à la
Coopérative.
Une
Coop est une structure qui a un besoin vital de la fidélité et de la présence
de ses adhérents. Grâce au dévouement d'une équipe de bénévoles, nous avons
réussi jusqu'ici à :
-
Proposer
des produits de haute qualité biologique et faire circuler de l'information pas
vue à la Télé ! et cela à des prix défiant toute concurrence pour des
produits BIO.
-
Payer
ses charges, ses fournisseurs, son loyer, et les charges (réduites) d'un salarié
à mi-temps.
Les
produits biologiques sont souvent plus chers à l'achat que les autres, mais d'une
part ça n'est pas toujours vrai (
en particulier pour les fruits et légumes)
et d'autre part la qualité n'est pas la même... et la santé n'a pas de prix !
Prenez
la peine de considérer ce que vous mangez et
informez-vous, réfléchissez et voyez si ce ne sont pas plutôt les perspectives
de
changer vos habitudes qui vous coûtent
et. vous dérangent.
La
Coop fait cette année un effort pour aller à la rencontre de ses 300
adhérents absents ou occasionnels.
Mais
notre vocation n'est pas de solliciter sans arrêt les gens : Laissons cela aux
"Grandes Surfaces" qui préfèrent miser sur la publicité que sur la
qualité.
Votre
adhésion reste valable tant que durera BIOVENTURE.
Alors,
viendrez- vous renouer le dialogue avec nous et nous aider à être de plus en
plus efficaces au service de la Bio ?
Il
y a des gens que nous n'avons plus revus et d'autres qui sont revenus… Au fil
des mois se constitue un petit groupe sympa qui participe activement à la coop,
et moi qui suis peu sociable et n’ai quasiment jamais eu d’amis, j’y trouve
la plus haute expression de l’amitié telle que je peux la concevoir.
J’apprends bien davantage sur les comportements humains que dans mes livres de
psycho – ce qui ne m’empêche pas d’obtenir une licence – et surtout je
vois les réticences et les défenses des gens à l’œuvre :
ce
n’est pas facile de changer pour une meilleure alimentation car il y a toute une
éducation à remplacer, toute une autonomie à gagner, difficile quand le monde
de la pub et de la "conso" ne l’entend pas de cette oreille : il n’a
pas envie de perdre ses clients !
Nous
passons donc toujours nos commandes chez 2 grossistes : l’un est indépendant,
l’autre est la confédération de coopératives à laquelle il faut adhérer en
achetant des parts sociales puis
en payant une cotisation annuelle
( le tout infiniment plus cher
que nos 20 F - 3 € - à vie !).
Je
me sens concernée par le militantisme qui transparaît dans cette centrale (
commerce équitable, partenariat avec les producteurs… ) et leurs produits sont
bien sélectionnés. Les problèmes commencent quand nous avons des soucis
d’argent :
1995-1997
:
La
fréquentation de la coop continue à être "caractérielle" : on y
vient par curiosité, on revient un temps puis, pour d'obscures raisons d'ordre défensif,
on retourne à ses habitudes : le supermarché préféré avec son abondance, sa
facilité : quelle idée d'aller s'embêter à commander du pain, venir à des
horaires impossibles etc ! Difficile pour la ménagère ( ou parfois même le
"ménager" ) d'amorcer un changement d'habitudes alimentaires quand
l'entourage rechigne au moindre effort. Quant au statut coopératif, ce concept ne
semble hélas revenir à l'esprit que quand on a oublié son chéquier, et qu'on
sait très bien qu'on vous fera crédit, même longtemps, au point parfois de vous
faire douter de n'avoir pas déjà été payé… Comportements qui sont parfois
un peu blessants et auxquels j'apprends à réagir grâce aux leçons de vie de
mon amie Fred. Et puis heureusement cela ne concerne que des cas isolés !
Mais
nous n’avons donc toujours pas beaucoup de membres réguliers et surtout sur la
même longueur d'onde que nous ; je ne sais pas bien gérer, je commets l’erreur
de penser que les gens ont les mêmes goûts que moi, les produits partent mal et
cela prend du temps avant que les gens fassent le premier pas vers un produit
nouveau et hors normes grande conso ( : pas de pub ni de pièges à gogos
). C'est
que la nouvelle culture, ce n'est pas un art de vivre bio, mais malheureusement la
sous-culture de la sur-consommation, surtout celle qui rassemble les troupeaux !
Avec
ça, comment faire comprendre à quelqu'un pendant les quelques secondes
d'attention qu'il va consentir à nous accorder, des valeurs désintéressées
comme le partage, le non-gaspillage, et surtout que ce n'est qu'en changeant soi-même
ses habitudes que l'on se portera mieux, et le monde avec ??
Contrairement
aux supermarchés qui paient à 60-90 jours leurs marchandises, les magasins bio
paient leurs fournisseurs à 21 jours en moyenne - quand ce n'est pas cash ! -ce
qui ne nous laisse pas beaucoup de temps pour les vendre, avec notre marge bénéficiaire
volontairement réduite.
A part ceux qui
connaissent les prix et les produits, la majorité des personnes fréquentant la
coop semblent trouver tout toujours trop cher, mais avec quoi comparent-elles,
avec "Interm..." ?! Donc, nous peinons à payer. C’est là que notre
chère centrale ne veut rien savoir.
L’autre
fournisseur comprend - je rends hommage à l'exquise Josie - et nous permet d’étaler
nos dettes. On en profite pour réviser nos achats en ciblant mieux ce qui
correspond à la demande. Petit à petit s’instaure le climat de confiance et de
réciprocité qui me manquait. La gestion ferait peut-être s’arracher les
cheveux à des pros car la coop fonctionne au jour le jour, avec une fréquentation
très peu régulière qui empêche toute ébauche de “ budget prévisionnel ”etc.
(que je serai d’ailleurs incapable de prévoir), mais les factures sont payées,
j'ai demandé un contrat CES pour moi, et tout irait bien si je ne subissais pas
ma petite crise idéologique…
-
1994-95- petit rappel historique :
Outre notre déménagement
pour un local 3 fois plus petit mais mieux chauffé ( suite à démêlés avec un
propriétaire véreux… ), ces années voient l’institutionnalisation de la
confédération des coopératives biologiques, ainsi – et c’est bien plus
grave – que le déclin des mentions bio, rendues obsolètes par le seul contrôle
obligatoire et le fameux logo AB. Comme par hasard, c’est aussi à ce moment-là
que les grandes surfaces s’intéressent à la "bio", au point
d’aller jusqu’à se poser en pionniers. On en apprend tous les jours. ( cela
expliquerait aussi la désertion de certains de nos membres ?! )
La
confédération met en place une charte qui vise à défendre les petits
producteurs bio de proximité, dans un esprit de confiance et de coopération.
C’est tout à fait en accord avec nos convictions, mais les choses se
compliquent quand on nous réclame en plus de la
cotisation annuelle, une mise
aux normes de la confédération, avec le prélèvement d’un pourcentage
de 1/000 sur notre chiffre d’affaire annuel…
Nous
faisons traîner pour payer : j’ai du mal à faire accepter à mon
entourage ces dépenses qui représentent au bas mot quelques 5000 F car en plus
de la cotisation annuelle ( dans les 1000 F de l'époque , je ne sais plus ) il
faut acheter une caisse enregistreuse perfectionnée, une ou plusieurs étiqueteuses
chères, des réglettes pour mettre en tête de gondole les prix au kilo etc.
Bref, il faut se transformer en supermarché, d'ailleurs plébiscité comme "seul
avenir de la bio" dans un des derniers numéros du défunt journal Les Réalités
de l'Ecologie; tiens, ça me rappelle qu'ils avaient pleuré pour que des petits
comme nous diffusions leur revue, et suite à cet article, je les avais renvoyés
en leur suggérant d'aller se mettre en partenariat avec les hypermarchés, lettre
restée évidemment sans réponse.
Pour
une somme modique, on peut même acheter une enseigne avec la planète Terre dans
un caddie. Tout ça pour appliquer une convention-revendeur dont le mode
d’emploi nécessiterait une formation de polytechnicien, mais
qui ressemble fort à une franchise déguisée.
J’oubliais
la meilleure, tous les ans il y aussi le
contrôle de l’ensemble par un organisme certificateur homologué, à
concurrence d'environ 500 F H.T de
l’heure, ce qui alourdit encore la facture... pour prouver à nos chers "consomm'acteurs"
qu’on est bien bio sous tous rapports, ça fait quand même un peu cher quand on
n’a pas de salariés.
Les
autres coopératives bio semblent trouver ça très bien, il doit y avoir quelque
chose qui nous échappe !
La
situation se clarifie quand je m’aperçois qu’il y a des tarifs différents
dans cette centrale selon le chiffre d’affaire que l’on fait chez eux :
plus on est gros, plus on peut acheter moins cher, ce qui n’est évidemment pas
notre cas, puisque nous sommes petits... Malgré tout le discours militant, la
pilule glisse de moins en moins bien.
Outre
la tyrannie des factures prélevées directement sur le compte - impossible de quémander
un délai- les livraisons laissent de plus en plus
à désirer : les demandes d’échange ou d'avoir sont mal perçues,
voire refusées, ce qui n’est jamais le cas auprès de l’autre grossiste avec
lequel nous travaillons parallèlement. Les prestations ne supportent pas la
comparaison, d’autant que, pendant que les confédérés s’enlisent dans des débats
procéduriers et laborieux, la bio locale s’organise : une jeune équipe
motivée crée une petite centrale indépendante et sympa, P...bio, et j’y
retrouve les produits qui nous inféodaient à la centrale, car ils en avaient la
quasi-exclusivité.
Bonne
raison pour les quitter d’autant que j’ai la désagréable surprise de leur
voir prélever d'autorité une cotisation erronée sur notre compte (le fameux
1/000 du C.A annuel, le nôtre était de 700.000 F, ils l’ont estimé à
1 110 000 F )… Nous les quittons par lettre recommandée, ils n’y répondront
jamais : soit on est avec eux, soit on est contre eux ? Avec le recul je
me suis aperçue - trop tard - qu'outre le trop perçu de la cotisation, ils ne
nous ont jamais remboursé l'argent des parts
sociales de notre
adhésion chez eux ( quelques 3000 F de l'époque ), mais à quoi bon insister
vainement, la liberté n'a pas de prix !
Sur
le plan bancaire, les CCP nous accordent sans
condition préalable un très important découvert. Par contre, les chèques
mettent jusqu'à une dizaine de jours pour être
encaissés. C'est alors que pour une fois, la pire des banques rurales va nous être
utile. Bien entendu, le C. Agricole ne nous a jamais fait de cadeau,
au contraire, mais nous y avons trouvé un avantage : nous déposons les chèques
chez eux, et 2 jours après nous raflons tout pour déposer la somme disponible en
liquide sur le CCP… Nous utiliserons ce stratagème de misère jusqu'à vers
2000, puis je me
ferai une joie de solder ce
compte.
Du
coup, nous respirons mieux et nos rapports avec nos fournisseurs sont au beau
fixe : ce ne sont pas des “ méchants ”, ils travaillent pour
la même cause que nous, respectent leurs clients et sont vigilants par rapport à
leurs produits : nous nous informons dans la mesure du possible ( revues,
entrefilets…) sur “ l’évolution ” de la bio qui commence à être
un peu trop vue à la télé pour être honnête…
J'ai
fini par admettre avec effarement que les membres de la coop ne connaissaient
absolument pas les revues "écolos", quelles quelles soient.
Les tentatives
d'introduction de "Silence",
"les Quatre Saisons", " Nature et Progrès"… se sont soldées
par des échecs complets, et sont passées dans les pertes et profits.
Trop cher ? Même
la publication gratuite "Biocontact" semble en effrayer, car il n'apparaît
pas d'emblée qu'elle ne soit pas payante.
Les livres, seules quelques personnes
en achètent.
Une
bibliothèque : là,
après un vibrant appel à donner un
livre contre une adhésion à vie à la bibliothèque, les gens ont été sympas
et ont offert des livres en liaison avec nos centres d'intérêts. Il faut dire
que la coop avait bien amorcé la pompe en faisant don de livres très intéressants,
voire remarquables, mais parfaitement invendables avant longtemps !
Mais
ce n'est pas suffisant. Alors, dans le but louable d'informer le monde, je vais créer
un petit journal gratuit – sans pub bien évidemment !- sur une idée de
Fred, on l'appellera "Le Col vert" :
Au
début, il est entièrement fait à la main. Corinne s'emploie à faire les
dessins et à calligraphier les textes.
Est-il lu ? En
tous cas, c’est bon pour le moral et ça permet de prolonger le contact avec les
adhérents. Ensuite, je me mets à l’informatique et les numéros sont plus
achevés. Récompense suprême, si l'on prend soin de les distribuer, ils
semblerait même qu'ils soient lus !
1997-98 :
le scandale de la vache folle semble réveiller un peu les gens et les acheteurs réguliers
persévèrent dans leur choix de manger bio : ils se portent mieux, et comme
il y a de plus en plus de monde, ils y font des rencontres et se sentent moins
isolés dans leur démarche. Le bénévolat fonctionne à merveille, et
contrairement aux idées sous-jacentes, c'est loin d'être de l'esclavage ! La
coop peut compter sur des membres réguliers et même s’il y a des hauts et des
bas dans la fréquentation, tous les fournisseurs sont payés, et nous leur sommes
reconnaissants de nous faire confiance. Nous sommes idéalistes.
Pourtant,
pendant que les petits comme nous et les producteurs sympas essaient de suivre
leurs idéaux, les faiseurs de fric ont vite compris “ qu’il y
avait un créneau ” et il commence à fleurir des supérettes aux abords
des villes, pas dans la cambrousse comme nous ! ( d’ailleurs,
même la plupart des coopératives biologiques
"bioC..." se transforment ou se constituent en
Sarl, ou en SA, et bientôt les associations de consommateurs bio, dont la
plupart étaient fondatrices de la confédération, seront obligées de changer de
statut pour continuer à arborer leur enseigne ) C’est dans "l’ordre des
choses" si on veut s’en
sortir avec salaires, charges etc. Il y a quand même de la
"trahison" aux idéaux dans l'air !
Cela
ne me concerne pas et je tiens à résister à ces tentations :
rien ne me
garantit que je pourrais être rétribuée en tant que business-woman, et même si
cela était je sens que j’y perdrai mon âme et la coop aussi.
Il n’y a pas que le fric dans la vie. Il y a surtout le climat amical qui
s'est créé, et qui ne survivrait pas à une ambiance "business". De
toute façon, la zone géographique où nous sommes installés interdit rapidement
toute idée de tentative d'expansion.
Didier
se met à réaliser des appareils d'iridologie ( iridoscopes) qui commencent à se
vendre auprès des naturopathes, lesquels bizarrement ne semblent pas très attirés
par les produits biologiques. De même, suite à un stage de boulangerie bio, il
fait du pain, d'abord pour la maison, puis pour la coop : même si nous ne sommes
pas assez riches pour le faire estampiller AB, ce pain fait avec des ingrédients
bio et au vrai levain nous permet de
faire un échange de bons procédés avec la coop !
Il
y aurait pas mal à dire, voire à médire ? sur les producteurs bio qui ne
viennent que pour nous proposer des produits qu'ils n'ont parfois pas encore
fabriqués, des fois que ça rapporterait, et qui ne daignent même pas jeter un
œil sur ce que nous proposons nous. Les naturopathes qui ne passent la porte que
pour laisser leur carte, les producteurs bio du voisinage qui ne viennent pas chez
nous, les écolos qui font des discours enfumés mais qui préfèrent les
supermarchés, les autres coopératives avec lesquelles on ne peut guère
travailler, etc. Parfois ces contradictions sont difficiles à comprendre,
d'autant plus que sans chercher bien loin les personnes concernées doivent penser
que nous sommes comme elles !
Pourtant,
à chaque adhésion, et même avant pour éviter tout malentendu ( pour se servir
à la coop, il faut en être membre ), nous distribuons un mode d'emploi où
j'essaie d'expliquer en de moins en moins de pages le fonctionnement de la coop.
Au fil des années, cela s'est résumé en une 1/2 page, mais à en voir les
commentaires de certains, il me reste du travail de compression !
-
1998-99 :
les années passent… la coop déménage : le voisinage devenant insupportable (
propriétaire véreux - décidément ! - voisin paranoïaque qui exprès lave sa
voiture customisée devant notre porte, avec le chien à proximité…), après
diverses péripéties dont je vous épargne le détail, on trouve par
"miracle" un local mieux exposé, plus facile d'accès etc. Il y en a
qui trouvent encore à redire - pas ceux qui nous ont aidés en tous cas - mais
dans l'ensemble les gens sont contents. Plutôt que de se ruiner dans
l'installation de sanitaires avec fosse septique etc, nous investissons - dans
l'indifférence générale - dans des
WC à compost, qui ne nous coûtent absolument rien, et qui ne polluent pas ; mais
dans ce domaine, il est encore plus difficile d'informer les gens ! Nous
organisons une petite inauguration avec quelques fournisseurs locaux : j'envoie
une invitation à tous les adhérents, même les fantômes, et ça permet d'en
retrouver quelques uns !
Mais
sommes-nous vraiment sur la même longueur d'onde ?
Pendant
que le marché de la bio prend de l'ampleur, non pas qu'il y ait davantage de
paysans bio, mais bien plus des aménagements "AB", des importations de
bio moins cher ailleurs etc, nous nous passionnons pour une actualité qui ne
concerne en fait qu'une infime partie des vrais militants bio : dans un article du
Monde Diplomatique (mars 99), on y voit, entre autres scandales, dénoncée
l'appartenance de la marque "Biosoy" à la firme Novartis : en pleine
"lutte" contre les OGM ça fait désordre ! Au lieu de s'indigner, les
intervenants de la bio font bloc pour défendre
"le soja français sans OGM", référencé BioC... ) et tout rentre vite
dans "l'ordre". Là encore, nous nous enorgueillissons d'avoir quitté
BioC..., qui d'une main défend les nobles causes et d'une autre soutient son
porte-monnaie. Nous décidons de ne plus vendre des produits de cette marque, et
cela est loin de susciter la sympathie. Tant pis.
De
même nous ne voulons pas tomber dans les pièges du bio fast food, avec surgelés,
produits sur-emballés, tout prêts etc, calqués sur les modèles abjects de la
grande distribution, mais avec le logo bio pour la petite santé des
consommateurs, mais hélas pas pour celle de leur environnement ! Il faut souvent
lutter contre les adhérents qui se
comportent de plus en plus en "clients" pour refuser ce type de
produits.
L'article
du Diplo a été rapidement oublié
dans les média écolos, cela m'aura au moins permis de voir ce qu'ils avaient
dans le ventre, et je me suis désabonnée de la plupart, ne gardant que le très
respectable "TAM-TAM"
(petite feuille de chou belge faite avec sérieux et amour par un vrai militant,
de ceux qui sont vraiment en voie de disparition ! ), mais même
à 2 F le n°, les gens sont passés pendant un an à côté d'un joyau et
ne l'ont pas vu. Lassée, je me le suis gardé pour moi et j'ai même collaboré
à sa rédaction. Nul n'est prophète en son pays !
De
même, après avoir produit quelques 16 "Col vert", en 2000, après un
dernier n° objectivement pas lu, j'arrête : ras-le-bol de perdre mon temps ! Il
y a les fascicules gratuits avec leur pub, et on ne peut pas faire réfléchir les
gens de force. Ce journal m'a valu des compliments extérieurs dont je suis très
fière, c'est le principal. 2 personnes sur place l'ont réclamé par la suite, ce
n'est peut-être pas si mal.
Bioventure
se lance alors dans l'édition…
Enfin
pas vraiment puisqu'il y a toujours eu des publications, mais là je rêvais d'un
livre qui aurait rassemblé les nombreuses recettes personnelles
( on a tous et toutes une ou deux recettes infaillibles ) des membres de la
coop. Après avoir battu longuement le rappel, la matière recueillie était à
peine suffisante pour alimenter le "Col Vert" et j'ai décidé de faire
un livre de recettes à mon idée. Cela m'a pris environ 2 ans, car il a fallu
compulser des tas de livres, tester les recettes ( il faudrait forcer les auteurs
de livres de cuisine à réaliser en direct leurs recettes !), les écrire, et réaliser
le livre. Hors de question de le proposer à un éditeur, voilà encore un milieu
où il y aurait beaucoup à dire ! Le livre complet, " A cuisiner de préférence
avant…la fin du monde " avec ses quelques 200 recettes est cependant un
peu cher pour chez nous. Je décide d'en faire plusieurs petits, reliés à la
main à la ficelle ( système chinois
), selon plusieurs thèmes : les céréales, les desserts, le pain… Ils ont un
certain succès !
Le
monde du bio-business continue cependant à nous décevoir : les temps changent,
des empires bio se constituent, les emballages se plient aux exigences des
nouveaux consommateurs bio : sur-emballage unique, bien visible sur les linéaires…
J'écris beaucoup de lettres et à propos d'une missive où je m'offusquais du
changement de look d'un produit ( des "escalopes" végétales qui de
toutes simples, se sont retrouvées sur-emballées avec leur photo sur la boîte…),
le patron de cette petite fabrique m' a avoué n'avoir pas pu faire autrement car
ses revendeurs avaient "honte de vendre ses produits"; de plus j'étais
la seule à déplorer ce relookage,
tout le monde l'avait unanimement félicité. A juste titre car, n'ayant plus le
choix, qu'est-ce qu'on en a
vendu de ces escalopes depuis
!
Pendant
ce temps, dans d'autres sphères, il y en a qui n’ont pas
perdu pas leur temps: les
semences transgéniques arrivent chez nous en toute légalité (5), sous un
gouvernement de gauche. En fait, le
terrain leur avait déjà été bien préparé en sous-main depuis l’après
guerre, avec entre autres le rachat des
grainetiers indépendants
par les grandes compagnies de l’agro-chimie :
ça, je me paie
le luxe de le raconter avant l'heure dans un petit livre-maison " Le
Haricot Vert, la fin des haricots ? ", toujours disponible à la vente et
toujours d'actualité !
Le
temps des semeurs à la volée est bien fini : on sème des brevets et chaque
graine doit d’abord rapporter à son concepteur,
à savoir l’agro-chimie
qui préfère s’intituler “ biotechnologies ”, ça fait plus
tendance.
C’est
diaboliquement efficace, d’ailleurs je pense que Günther Schwab, qui est déjà
allé assez loin dans “ La
danse avec le Diable ”(6)a été bien dépassé - si l’on peut dire -
par ce qui arrive actuellement.
Nous
faisons notre possible pour informer et avertir les gens de ces dangers que
l’humanité n’a jamais encore connus et contre lesquels elle n’est pas prémunie,
mais encore une fois, on ne fait pas boire les ânes de force.
Tout
ça au nom du profit dont les ramifications arrivent jusque dans les circuits bio.
En effet, à force d’avaler tout ce qui est à leur portée, les monstres de
l’agro-chimie et donc de l’agro-alimentaire ont même absorbé des sociétés
qui produisent ou distribuent des produits bio dûment certifiés, et ça continue
!
Apprendre
cela ne fait pas plaisir, et c'est difficile de s'y retrouver dans des marques qui
sous un emballage circulent dans les magasins bio, et sous un autre, se retrouvent
- parfois moins chers - dans les rayonnages des supermarchés chéris. Ce qui fait
de la peine aussi, c'est quand les gens reviennent vous faire la leçon qu'on leur
a matraqué à la télé ou dans leur hyper favori. On dirait qu'ils ont tout
inventé et que vous êtes complètement has
been ! En outre, il y a une désagréable
tendance à la table rase sur le plan de l'historique de la bio : les derniers
veulent être les premiers, et ils écrasent volontiers les petits convaincus (
c'est le cas de le dire ) qui ont préparé un chemin se voulant en adéquation
avec leurs idéaux.
2000-2002
: Qu'allons nous devenir ?
Les
temps changent, mais nous pas tellement ! Nous pouvons actuellement compter sur
une quarantaine de personnes, dont la plupart sont devenues des amies. Certaines
viennent apporter aide et bonne humeur, n'est-ce pas Annie, n'est-ce pas Cathy ?
C'est reposant à tous points de vue, jusqu'à la comptabilité, mais je me garde
bien d'envisager une quelconque expansion : prudence !
La
coop est certains jours comme une ruche, avec des rires,
parfois des fous-rires, nous avons nos figures, nos
"chouchous"…On nous a dit que nous jouions à la marchande, quel délicieux
compliment. Cela ne correspond pas vraiment aux modèles commerciaux en vigueur,
et les gens rechignent toujours à en vouloir comprendre le fonctionnement. Mes
petits ou grands panneaux d'information ne sont jamais assez visibles, et il a
fallu s'adapter à notre temps en affichant un logo "pas de téléphone
portable ici-merci". Les regards ont perdu l'habitude de regarder, mais la
documentation disséminée dans notre local est objectivement étonnante. C'est
plutôt "vous qui passez sans me voir…",
mais il peut y avoir d'heureuses surprises !
Les
Assemblées Générales ne réunissent pas les foules, mais curieusement les
participants ne sont pas forcément ceux qui
fréquentent assidûment la coop. Il y a même des pseudo-adhérents qui ne
se manifestent quasiment qu'à ce moment-là ! Mais comme nous n'aimons pas les réunions
où les gens s'écoutent parler, nous essayons d'en faire un moment agréable et
vivant; ce qui est important, c'est
que la coop continue de fonctionner, au jour le jour, avec des adhérents
constants dans leurs actes et leurs idées. Chacun y trouve sa récompense et même
si c'est parfois imperceptible, je me plais à imaginer que toute la délicatesse
que nous mettons à gérer cette coop, à bichonner ceux et celles qui la font
vivre, nous revient en supplément d'âme, bénéfique à tous points de vue.
Quand on donne, on reçoit !
Dans
les statuts coopératifs, s'il se trouve avoir des bénéfices non réinvestis au
bilan de fin d'année, ces derniers doivent être redistribués aux adhérents au
pro-rata de leurs achats. Nous notons scrupuleusement les achats de chacun au jour
le jour, mais ce n'est qu'en 2000 que nous avons pu, grâce à un logiciel sur
mesure, procéder à cette répartition, sous forme d'avoir sur achats, surtout
qu'avant, comme on l'a vu, il ne
risquait pas d'y avoir des bénéfices. Les avis sont toujours partagés en la
matière, et les réactions sont parfois surprenantes, voire peu flatteuses : je
n'en dirai pas plus !
Certains
esprits pensent que cette bio que nous vendons n'a plus d'avenir, que même des
structures coopératives comme nous font du business. Je les renvoie à
l'historique du mouvement coopératif, qui n'a pas attendu l'avènement du
"bio" pour se battre contre le grand capital, et à une époque où cela
coûtait souvent la vie.
Nul
n'est parfait. Lors d'une discussion orageuse à ce sujet, j'ai répondu que
l'essentiel pour nous était d'abord d'être le plus possible en accord avec nos
idées dans la pratique quotidienne. Ensuite, il faut de la persévérance, la
lucidité et un courage à toute épreuve. Et cela ne concerne pas que le petit
domaine de la bio. Enfin, s'occuper d'une structure coopérative se voulant en
accord avec les valeurs auxquelles ont croit,
serait impossible sans une solide base amicale à toute épreuve. Tant que
cette base existera, Bioventure continuera.
M.S.
Peynier,
hiver 2001
1- Ces revues existent toujours, sauf "Observez" qui a paru de 1990 à 1997.
2- Ce paragraphe est extrait d'un texte publié bien déformé dans la revue Silence, novembre 1999. ( Mais c'est une autre histoire )
3- A cette époque, faute de logo AB, Ecocert et autres contrôleurs n'étaient pas encore obligatoires
4- Seitan : genre de viande végétale issue de la poudre de gluten de blé.
5- Dominique Guillet, fondateur de Terre de semences/ Kokopelli à Alès : "Semences de paix" in " La Rose et la Passiflore", Ed. Rose et Passiflore.1992
6- Günther Schwab : "La danse avec le Diable" Ed. du vieux Colombier 1963/Le Courrier du livre, Paris.
"Tant que cette base existera, Bioventure continuera... "
Cette base n'étant donc plus fonctionnelle, Bioventure n'existe plus en tant que SCCC, mais l'aventure ne s'arrête pas pour autant !!