J’ai rédigé ça en Janvier 99… Loin du compte bien sûr, et mal informée, mais le chapitre intéressant, le chaînon manquant ? est surtout celui sur l’histoire de la spoliation des semences par Dominique Guillet. Je n’en avais absolument jamais entendu parler à l'époque... Même si beaucoup de choses sont dépassées (les adresses entre autres ) depuis, on peut toujours se procurer la version papier façon petit bouquin :
( s'adresser à http://bioventure.lautre.net/publications.htm )
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Le haricot Vert
Collection de
fascicules de libre expression.
N°1.Janv.99.
BIOVENTURE. 13790. Peynier.
Prix :
25 F
? ? ?
Revue
de presse
-alternative–et
contacts
pour
leur résister
O.G.M ou… « Organismes
génétiquement modifiés » …
On
en a parlé, on nous a vanté les soi-disant nombreux mérites des « biotechnologies », on a pris
des décisions sans nous pour qu’ils fassent partie intégrante de notre vie… Mais
que savons-nous au juste de ces manipulations ? Comment leur
résister ?
Avant
que le flot de l’actualité ne les relègue aux oubliettes, pour mieux les faire
passer dans les mœurs – en l’occurrence dans nos assiettes -, essayons de faire
le point en termes simples sur une partie de ce qui se cache derrière les OGM...
Sans
oublier que les seuls produits qui n’ont jamais été susceptibles d’en contenir
sont les produits biologiques.
Cultiver
et consommer des produits biologiques, c’est permettre à la nature de reprendre
ses droits : à chacun de faire son choix
…
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Des O.G.M dans la nature et dans nos assiettes…
Un
tableau peu réjouissant qu’il est encore temps de changer :
Que
se passe-t-il depuis toujours dans la nature ? Un grain de blé est semé, il
donne un épi de blé chargé de nouveaux grains de blé qui vont se reproduire
naturellement... Désormais, au nom de l’argent, des apprentis sorciers ont fait
en sorte que ce sera différent :
En
effet, un grain génétiquement modifié ne se ressème pas, il faut après chaque
récolte racheter de nouvelles semences OGM. De plus, ces semences sont
« codées » pour aller de pair avec les pesticides vendus par les mêmes
fournisseurs d'OGM…
Il
est reconnu que les effets écologiques des disséminations des plantes
transgéniques dans l’environnement ne peuvent pas être évalués aujourd’hui et
seront irréversibles. Les conséquences sanitaires de l’ingestion de ces produits
ne sont pas mieux connues que les conséquences écologiques, ce qui n’a pas
empêché la mise en culture de ces plantes…
Un
peu d’histoire récente …
La
vie est-elle brevetable ? Assurément, c'est ce que souhaitent les grands trusts
de l'industrie chimique comme Novartis en Europe ( qui possèdent même, via la
Bourse, des sociétés qui font du Bio...). Pourquoi ? Parce que la science
moderne a postulé qu'entre une graine et la semence qui l'a produite, il y avait
« quelque chose »… et s'est attachée à le construire et à le vendre :
le vivant étant réduit à un programme génétique, manipulable à souhait, il ne
restait plus qu'à l'imposer.
Depuis
les années 70, ces recherches ont fait de grands « progrès », et on
s’aperçoit maintenant que ces OGM ont peu à peu envahi la planète... Profitant
de l’abrutissement et du manque d’intérêt général de la majorité des
consommateurs américains pour la qualité de ce qui leur tient lieu de
nourriture, les firmes n’ont pas eu de mal à imposer les OGM en Amérique du
Nord. L’Europe n’aurait qu’à suivre ! Heureusement, il semblerait que
malgré les pressions énormes (campagnes de désinformation etc ), il reste
quelques espoirs que tout ne soit
pas perdu chez nous :
S’opposer
en tant qu’individu aux OGM, c’est
le moment où jamais de se manifester
et de sortir des rangs moutonniers de la grande consommation.
En
France… Quelques dates récentes et quelques revirements :
1996 : le
gouvernement Juppé autorise l’importation du maïs transgénique Novartis, mais ne
l’inscrit pas au registre des variétés*, empêchant ainsi sa mise en
culture.
Novembre
97 :
le gouvernement Jospin autorise la mise en culture de ce même maïs, contre
l’avis des experts du Comité de la Prévention et de la Précaution, et contre
l’avis du public français. Annonce d’un moratoire sur les autres espèces OGM et
proposition d’un vaste débat (Conférence des citoyens ).
Le
22 Juin 98,
malgré une énorme campagne de publicité ( « la
biotechnologie-gie-gie… » ) la Conférence des citoyens souligne les
inconnues majeures en matière de risques pour la santé et l'environnement. Le
panel des 14 citoyens exige un étiquetage discriminant.
31
Juillet 98 :
le gouvernement français autorise l’importation de 2 autres maïs transgéniques
(Monsanto et AgroEvo) : pour calmer la colère des géants de
l’agrochimie ?
Après
les pressions de diverses associations :
Automne
98 :
suspension pour 3 mois –pour analyses- de la variété de maïs transgénique
contenant un gène résistant à un antibiotique.
Moratoire
pour 2 ans pour toutes les plantes
ayant des équivalents sauvages sur le territoire européen.
* voir plus loin l’historique sur « la
guerre des semences »
OGM :
la fin des haricots ?
DES
« SOLUTIONS » :
La solution
trouvée par l’Union Européenne pour tranquilliser les consommateurs – solution
réclamée par les consommateurs eux-mêmes, via les associations – est donc l’étiquetage.
Oui,
mais : cet étiquetage ne concernera que 10 à 20% des aliments. Les produits
fabriqués avant l’obligation d’étiquetage en sont exemptés ( :
avant le 3/O9/98, ce qui laisse de la marge… ).
Les additifs
ne sont pas concernés, alors qu’ils représentent la plus grosse part de
l’utilisation du soja ou du maïs transgéniques dans l’alimentation, sous forme
de lécithine ou d’amidon de maïs entre autres, car la manipulation génétique est
indécelable dans
ces denrées…
Donc,
l’étiquetage ne concernera pas : lécithine de soja, huile de soja, sirop
de glucose dérivé du maïs, cependant présents dans quasiment tous les
sous-produits de grande consommation : chocolats, biscuits, petits pots
bébés, pâtisserie industrielle, plats préparés etc.
Ainsi, même avec un étiquetage, dans 9 cas sur 10, le consommateur ne pourra pas savoir si le produit qu’il achète est issu ou non d’OGM. Sauf le consommateur bio, car les produits certifiés par Ecocert garantissent l’absence d’OGM. Les fabriquants biologiques fournissent volontiers des justificatifs. Ce n’est pas le cas de tout le monde : Eh non, les supermarchés ne veulent pas notre bien, seul le profit les intéresse ! Seul point à bien vérifier sur les étiquettes des produits bio : la lécithine de soja ( chocolat, pâtes à tartiner…) : mais les produits bio. de qualité ne connaissent pas ce problème : soit il n’y en a pas, soit elle est garantie sans OGM.
Pour les fruits et légumes transgéniques pas encore autorisés pour le moment mais en voie de l’être si personne ne bouge, il est déjà prévu de faire figurer la mention sur le cageot, comme ça, déjà qu’on ne lisait pas l’étiquette avant…
Hors de chez
soi, à la cantine etc, il n’y aura
bien sûr aucune garantie sur les aliments concernés.
Nous risquons
donc tous les jours de consommer du transgénique, à moins que nous ne
consommions que des produits biologiques, mais ces derniers ne sont pas vraiment
plébiscités ni encouragés ( et pour cause ).
Il faut savoir
que pour les producteurs et les transformateurs biologiques ( qui eux ne sont
pas concernés par les vils profits du transgénique), ces manipulations
occasionnent entre autres des frais d’information et d’analyses, dont ils se
passeraient bien et le consommateur bio aussi. ( d’après Claude Aubert. Extrait de l’éditorial des « Quatre
Saisons du jardinage » n°114. Janv.99 )
Un sondage de mars
98 annonçait que 76% des français ne voulaient pas d’aliments trangéniques… Si
au moins ne serait-ce que 5% d’entre eux mettaient en pratique leurs
convictions, les petites épiceries bio. ou coopératives biologiques auraient
encore de belles années devant elles !
« SANS
DANGER » ? ?
-
« Je souhaite ardemment et sincèrement me tromper dans l’évaluation des
risques inhérents à l’aventure du transgénisme et à ses applications aux
cultures et à l’alimentation humaine… » ( Jean-Marie Pelt, « Plantes
et aliments transgéniques », Fayard, 1998 ).
Pendant que
nous menons notre train train quotidien, il y en a qui ne perdent pas leur
temps : Depuis les années 70, la « recherche » sur les
modifications génétiques n’a cessé de se perfectionner, mais de façon
cloisonnée, comme toute branche scientifique qui se respecte : chaque
découverte est faite dans un cadre bien précis, sans tenir compte du reste, comme si le monde était composé d’une
juxtaposition de domaines bien séparés les uns des autres…
Parmi les risques liés aux OGM, on peut craindre à juste titre :
- La
dissémination des gènes dans la nature : exemple le
plus connu : le colza « OGM résistant » peut se croiser avec des
mauvaises herbes de sa famille ( les crucifères ), qui deviennent résistantes à
leur tour.
De tels
croisements ont été observés, la controverse porte sur leur fréquence et les
risques d’envahissement. Ce phénomène
aura au moins justifié le moratoire sur le colza transgénique décidé par la
France.
- La
présence de gènes de résistance aux antibiotiques : le maïs
transgénique cultivé en France* contient un gène de résistance à un
antibiotique, l’ampicilline.
Novartis
s’appuie sur des rapports d’expertise selon lesquels le gène bla ( c’est son nom !) ne présente
aucun danger pour l’homme ou les animaux en cas de son transfert vers des
bactéries. Par contre, le très officiel Comité de Prévention et de Précaution a
recommandé l’interdiction de toutes les constructions transgéniques qui
contiendraient ce blablabla…
Le Pr.
Courvalin, de l’Institut Pasteur, s’est déclaré « surpris et choqué »
que le gouvernement ait autorisé si vite les variétés en question, et hostile au
« largage dans la nature de constructions génétiques hâtives contenant des
gènes de résistance aux antibiotiques dont la présence dans les plantes
transgéniques n’est pas justifiée ».
Les firmes
promettent que les prochaines variétés n’en contiendront plus, mais celles qui
sont cultivées aujourd’hui en renferment, avec donc le risque de rendre les
antibiotiques de la même famille inefficaces en médecine humaine…
*On l’a planté au printemps, mais le Conseil d’Etat a
suspendu cette variété fin Sept. 98, pendant 3 mois, le temps de statuer sur son
sort. L’histoire ne dit pas ce qu’est devenu le maïs non suspendu récolté cet
été…
- La présence de constituants dangereux pour la santé :
Les seuls
identifiés à ce jour sont des protéines pouvant provoquer des allergies. Quant à
la présence de résidus d’herbicides, ou de la toxine sécrétée par le maïs
résistant à la pyrale, il n’y aurait pas de danger, mais l’histoire a montré
avec les pesticides que le danger se situe précisément dans le long terme…
- L’absence
de certains constituants favorables à la santé : on compare la
valeur nutritive d’un légume OGM avec son équivalent non OGM, et si on ne décèle
aucune différence significative, le produit est déclaré bon pour nous…
Cependant, les seuls critères officiels
( analyse des nutriments, recherche d’éventuels toxiques… ) ne tiennent absolument pas
compte des substances protectrices contre le cancer, les maladies
cardio-vasculaires,etc. comme les flavonoïdes, les polyphénols, les terpènes
etc.. Deux variétés peuvent donc avoir la même valeur nutritive en terme de
nutriments, mais pas du tout le même effet sur notre santé.
Si par
exemple, on avait appliqué le critère de l’équivalence en substance à la viande
de la vache folle, elle aurait été jugée excellente !
( d’après
Claude Aubert, op. cit )
Impressions de
Jacques Testard,
scientifique, auteur entre autres de : « Le pangénétisme : une mystification
scientifique et médicale » (in « Qui décide de votre santé ? Le
citoyen face aux experts », Ed.Syros ) :
« … Les
risques afférents à la dissémination des plantes transgéniques peuvent être
discutés au nom de ce qu’on sait ( conséquences écologiques et
socio-économiques) ou au nom de ce qu’on ne sait pas (on ignore si la santé est
menacée)… Il faut révéler l’arbitraire des décisions en insistant sur le fait
qu’aucun citoyen n’a demandé ces plantes transgéniques. Ce constat permet la
filiation idéologique OGM-Nucléaire et permet de bénéficier des acquis
(assurances mensongères, pouvoir abusif). Il permet aussi de faire la différence
avec d’autres technologies récentes, éventuellement risquées mais aux bénéfices
indiscutables pour une proportion non négligeable de la population (ex :
procréation assistée). Ainsi, dans la balance risque-bénéfice, il apparaît que
tout va du même côté. Il faut poser la question de la faim en rappelant
qu’aujourd’hui les excédents sont détruits : comment l’augmentation des
excédents grâce aux OGM pourrait-elle réduire la faim dans un monde soumis à la
même politique ? (…)
Même si
l’étiquetage était parfait ( ce qui est irréaliste), et même si tous les
européens se refusaient à consommer de tels produits, les conséquences
écologiques et socio-économiques de la culture d’OGM, ailleurs sur la planète,
ne manqueraient pas de nous atteindre, nous et nos descendants. Pour toutes ces
raisons, je crois qu’il est important de tenir une barre plus politique (à qui
profitent les OGM ? A qui vont-ils nuire ?) cela éviterait aussi de
transformer les meilleurs militants anti-OGM en experts du camp adverse. Car
dans ces débats spécialisés où les arguments techniques fractionnent la réalité,
le sens est vite perdu. » ( in Terre
de semences 1999 )
Jugez-en :
accroché sur l’A.D.N d’une variété transgénique, Terminator ne modifie en rien
le développement de la plante, sauf que ses graines sont stériles. Voici donc
résolu un problème qui coûtait cher aux multinationales du transgénique :
comment empêcher les agriculteurs de ressemer une partie de leur récolte plutôt
que de racheter chaque année leurs semences à Monsanto ou à Novartis.
Les variétés
possédant le gène Terminator – il
n’y en a pas encore, mais cela ne saurait tarder - rendent ainsi les agriculteurs
totalement et définitivement dépendants des multinationales.
Mais il y a
pire : supposons que le gène en question s’échappe dans la nature – ce qui
n’est nullement impossible – et vienne « s’accrocher » sur d’autres
espèces ou variétés, sauvages ou cultivées. Elles deviendront stériles à leur tour. Le gène, une fois
dans la nature, ne pouvant évidemment être « rattrapé » ni neutralisé,
on imagine la suite : des plantes de plus en plus nombreuses deviendront
stériles, au fur et à mesure qu’elles seront « contaminées » par
Terminator. Ce qui nous débarrassera peut-être des mauvaises herbes, mais aussi
des plantes cultivées. Pour lutter contre la faim dans le monde, les
multinationales auraient pu trouver mieux. » ( extrait de C. Aubert, éditorial des Quatre
Saisons n°114 )
OGM : les fromages s’y mettent :
Les OGM sont
maintenant présents à notre insu dans certains fromages. La présure issue de la
caillette de veau ou d’autres coagulants naturels peut désormais être remplacée
par des bactéries dont le patrimoine génétique a été modifié pour y ajouter un
gène prélevé dans une cellule d’estomac de veau.
Pour le
moment, cette pratique n’est pas autorisée pour les fromages d’appellation
d’origine contrôlée, ni bien sûr pour les fromages biologiques. Ailleurs, elle
ne fait l’objet d’aucune mention sur l’étiquetage. (source : « La France
agricole ». Oct.98 )
« L’aide » aux pays défavorisés
:
Monsanto, dans un but
certainement humanitaire, a fait construire à grands frais (350 millions de $ )
au Brésil une usine de production de son désherbant Roundup. Comme par hasard,
le gouvernement brésilien vient d’autoriser la culture d’une variété de maïs
transgénique résistante au Roundup, commercialisée par le même Monsanto. Une
étape de plus dans la généralisation du soja transgénique et dans la dépendance
des agriculteurs vis-à-vis de la multinationale : le choix des semences
étant supprimé, (car les semences ne se ressèment pas ), le monopole du soja –
et les bénéfices sur chaque graine- sont pour Monsanto. Très bonne affaire donc
quand on sait que le Brésil est le second producteur mondial de soja après les
USA, où le transgénique est bien implanté… (
d’après C. Aubert, op. cit )
QUELQUES
CHIFFRES…
Les rois de l’agrochimie :
Novartis (Suisse) :
issu de la fusion de Sandoz et Ciba-Geigy. CA 1996 : 26 milliards de
FF.
Monsanto (USA) : CA
1997 : 18 milliards de FF. Se dit un « groupe des sciences de la
vie ». Ayant absorbé récemment un autre géant agrochimique, il devrait
représenter prochainement quelques 23 milliards de $ de CA.
Zeneca(Royaume-Uni) : CA 96: 16 milliards de FF. Pharmaceutique et
agrochimie.
AgrEvo (Allemagne) : CA 96:13 milliards de FF.
Agrochimie. Vend des
herbicides pour colza et maïs aux USA et Canada.
DuPont (USA) : CA
tiré des biotechnologies 1997 : 300 millions de FF. Numéro 1 mondial de la
chimie. A investi 20 milliards de FF. l'été dernier pour « rattraper son
retard » dans l’agrochimie.
(source : Courrier
International n°381/ Greenpeace magazine. Automne 98)
Les plantes
transgéniques à travers le monde :
( Mha : millions
d’hectares ) en 1997 :
Canada : 2
Mha (colza)
USA :Soja :15 Mha / Maïs :8 Mha /
Coton :2 Mha/ Colza : 0,3 Mha / Potagères : 0,5 Mha
Argentine :
Soja : 2 Mha / Maïs : 0,1 Mha
Europe :
Maïs : ~ 2000 ha ( « seulement » )
Australie :
Coton : 0,3 Mha
Comme on peut le voir
d’après ces chiffres ( source Greenpeace
d’après Sival 98, FIS ) l’offensive en Europe n’en est qu’à ses débuts et
tout n’est pas encore perdu. Le danger est par contre réel face aux possibilités
d’importation.
ESPOIRS…
EUROPE :
RESISTANCES AU FORCING AMERICAIN ?
L’Europe du fric …
Les puissants intérêts
économiques américains sont donc en train d’imposer les plantes transgéniques en
Europe ( chez eux, c’est
semble-t-il chose faite ). Le 18 Mars 98, l’union européenne a autorisé 4
plantes transgéniques ( 3 pour le maïs, 1 pour le colza ), en dépit d’une forte
opposition. La Commission Environnement du Parlement Européen avait pourtant
recommandé la veille qu’aucune de ces 4 espèces ne soit mise sur le
marché !
Le 12 juin 98, le
Royaume-Uni a officiellement notifié l’autorisation de mise sur le marché d’une
variété de colza transgénique.
En juin 1996, 13 Etats sur les 15 de l’Union européenne
avaient rejeté la proposition de la commission européenne d’autoriser le maïs
transgénique de Novartis. Le parlement européen avait demandé à la Commission de
revenir sur son autorisation, à une immense majorité (407 voix pour, 2 voix
contre ). En fait, la Commission
Européenne a abusé de son pouvoir en sacrifiant les droits démocratiques des
Etats membres et en voulant imposer les OGM
végétaux à l’Autriche et au Luxembourg qui ont interdit la mise sur le marché du
maïs transgénique Novartis. Suite à ces abus, Greenpeace a fait pression auprès
des Etats membres de l’Union Européenne pour qu’ils utilisent les possibilités
juridiques existantes afin de refuser au niveau national la mise sur le marché
de ces plantes transgéniques. ( source Greenpeace Automne 98)
Par la
suite…Le Conseil d’Etat a fini par
suspendre le maïs transgénique ( contenant un antibiotique ) – l’aurait-il fait
si on ne le lui avait pas demandé ?- pour 3 mois (Automne 98) afin que les
tribunaux compétents puissent déterminer si elle doit être légalement annulée ou
maintenue. A suivre.
Greenpeace a également
demandé au gouvernement ce qu’il comptait faire pour que la récolte du maïs
transgénique autorisé au printemps ne soit pas mélangée au maïs normal…
ÇA FAIT
DESORDRE…
USA : insectes
ravageurs :
Dans la série des ratés
du transgénisme qu’on aimerait mieux passer sous silence, on note l’apparition
récemment reconnue par le gouvernement américain d’insectes ravageurs dans les
cultures…transgéniques.
Alors que les OGM
devraient permettre de supprimer les pesticides ( enfin, tous sauf le Roundup ),
on observe au contraire l'apparition d'insectes hautement résistants. Le
gouvernement américain vient de recommander aux agriculteurs de laisser entre
20% et 40% de surfaces cultivées en non-transgénique* ( et traitées aux
pesticides ) pour essayer d’enrayer l’arrivée de ces insectes mutants. Novartis
qui avait vendu les semences transgéniques a été obligée d’accorder des
subventions substantielles sur les semences non transgéniques pour inciter les
agriculteurs à suivre les recommandations du gouvernement : si ce n’est pas
encore la panique, on n’en est plus loin ! (d’après : « Silence ».
Déc.98 )
*Patience, bientôt ils nous
revendront un brevet de jachère transgénique !
Monsanto : les
premiers pots cassés :
En 1997, lors de la
1ère mise en culture commerciale aux USA du coton « Roundup
ready »( résistant au Roundup) de Monsanto, une cinquantaine de
producteurs ont constaté qu’après
traitement au Roundup, loin d’être résistants, leurs plants de coton soit
tombaient à terre soit présentaient d’importantes malformations…Ils ont aussitôt
demandé réparation. Trois d’entre eux auraient refusé d’être
« achetés » par la multinationale et ils ont porté l’affaire en
justice : Monsanto a été condamné à leur verser près de 2 millions de $ de dommages et
intérêts. Outre le fait que cela se passe aux USA et non chez nous, le
préjudice est ici facilement mesurable car il porte sur le revenu des
agriculteurs ; mais comment peut-on calculer ce que seront les préjudices
environnementaux : plantes sauvages contaminées etc ? ( d’après Greenpeace. Automne 98)
Pollution des
champs voisins : Le 12 Octobre,
Greenpeace a publié les résultats d’analyse réalisées autour des champs de maïs
de Novartis en Allemagne :
On a retrouvé dans les
champs voisins des épis transgéniques, signe que les distances de protection
n’ont pas été suffisantes. Greenpeace a obtenu le soutient des syndicats de
paysans – notamment de ceux qui travaillent en bio – pour dénoncer cette
nouvelle forme de pollution aux conséquences imprévisibles. En France, la
Confédération Paysanne envisage des recours juridiques pour obliger ceux qui
veulent vraiment cultiver du transgénique à le garder sur leurs terrains… Ils
demandent aussi l’indemnisation des paysans pollués : un agriculteur bio
français a déjà eu des ennuis parce que sa production a été ainsi contaminée. ( source : Silence. Janv.99 )
Plantations
illégales : Greenpeace a trouvé dans
le Loir-et-Cher, à Villemain, plusieurs dizaines d’hectares de maïs transgénique
de la variété Pactol*. Or, cette variété n’a pas été autorisée en France. Le 13
Octobre 98, une dizaine de militants ont soudé la benne transportant la récolte
du Pactol, et ont demandé aux autorités de la détruire, la semence étant
illégale. ( source : Silence.
Janv.99)
*Les noms des OGM sont bien trouvés !
Récolte préventive
en France et en Allemagne : Près de 2
tonnes de maïs ont été neutralisées dans chacun des 2 pays. Le 14 septembre, ce
maïs a été déversé à Bâle, devant le siège de Novartis. Sur 4,4 millions
d’hectares de maïs cultivées en Europe, environ 15000 ha contiendraient
maintenant du maïs transgénique, principalement en France
( 1600 ha) en Allemagne et en Espagne. Suite aux différentes actions de
résistance, on sait que pour l’instant ce maïs est suspendu chez nous jusqu’à
nouvel ordre.
Refus des
agriculteurs : alors qu’ils pensaient que
les OGM allaient passer comme une lettre à la poste, les puissantes firmes
américaines n’ont vendu que très peu de semences transgéniques : il s’est
vendu moins de 10% de graines transgéniques sur l’ensemble des coopératives
agricoles, ce qui représente 2000 ha, alors qu’ils en prévoyaient 35000
ha…(
Greenpeace, Automne 98 )
Tout n’est pas
perdu :
Moratoire
britannique : Le 21 Octobre 98, le
ministre de l’environnement de la Grande-Bretagne a annoncé l’engagement des
firmes à ne pas introduire dans le pays de cultures génétiquement modifiées
résistantes à des insectes pendant une durée de 3 ans. ( mais on ne parle plus
de celles résistantes au pesticide Roundup.) cette variété est autorisée en
France, d’après Greenpeace.
La France a quand même
déclaré un moratoire sur le colza et la betterave transgéniques, la Grèce vient
d’interdire l’importation du colza transgénique qui a été approuvé par la
Commission européenne. L’Allemagne, jusqu’alors championne de la libéralisation
des conditions d’utilisation des OGM, va sans doute réviser ses positions avec
l’arrivée au pouvoir de la coalition SPD-Verts.
Le problème est que les firmes ont plus d’une variété de graines transgéniques dans leur sac et qu’elles sont toujours prêtes à en proposer de nouvelles…on arrête difficilement ce progrès-là, à moins que…
PAS DANS LES
CANTINES :
Les services municipaux
d’Issy-les-Moulineaux ont demandé à la société de restauration qui assure les
repas dans les écoles « de faire le nécessaire auprès des fournisseurs
pour qu’il n’y ait pas d’OGM dans les plateaux repas ». Onze autres
municipalités des Hauts-de-Seine ont adopté la même démarche. Mi-octobre 98, les
Verts ont décidé de lancer une campagne « cantines sans transgénique »
pour que chacun demande à sa mairie de suivre l’exemple des mairies
franciliennes. Contact : Les Verts, 107, rue Parmentier. 75011.
Paris. Tel :01.43.55.10.01/ Fax : 01.43.55.16.15
( source : « Silence »Déc.98) Bonne initiative, à nous de faire pareil dans notre région !
Signatures :
Greenpeace et entre autres
Agir pour l’Environnement ont recueilli chacun quelques 100 000 signatures contre
les OGM. Les actions médiatiques dont est coutumière Greenpeace ( descentes sur le terrain, dans les supermarchés, manif. au Salon de
l’agriculture etc.), les destructions de cultures transgéniques par des
agriculteurs de la Confédération Paysanne, la détermination de certains
scientifiques intègres, ont contribué à sensibiliser quelque peu l’opinion.
La lutte est en train de se
déplacer sur d’autres fronts : ECRIRE ( ce qui suppose de lire aussi )
Ces associations appellent à
faire pression sur les firmes agro-alimentaires susceptibles d’utiliser des
OGM : on écrit aux fabricants pour leur demander si oui ou non ils peuvent
garantir l’absence d’OGM.
Si un fabriquant reçoit
soudain des centaines de milliers de lettres, il va réaliser que l’utilisation
d’OGM peut être préjudiciable à son image de marque – et à ses bénéfices- et il sera porté à chercher des filières
sans OGM…(ce qui ne l’empêchera pas de
proposer toujours des produits de consommation de qualité très discutable )*
La pression sur les
fabricants est complémentaire du travail politique et juridique des associations
comme Greenpeace. Le Conseil d’Etat a donné raison au recours de Greenpeace en
suspendant l’autorisation de culture du maïs transgénique accordée par le
gouvernement en février 98, estimant que le principe de précaution n’avait pas
été respecté. C’est la première fois que le principe de précaution est
juridiquement appliqué et cela constitue un précédent fondamental pour
l’ensemble de la législation à caractère environnemental.
Greenpeace a établi
une liste « grande distribution »
( les produits bio – Ecocert +
logo AB - ne sont pas concernés ) où l’on
n’est pas surpris d’apprendre que les « Mars », « les
Kellog’s », les « BN », « Blédina »,
« Lion »
( Nestlé a été l’un des premiers
pro-OGM, normal puisqu’il fait partie des même groupes qu’eux )* et autres
merveilles sont sur la liste noire ( aliments hautement susceptibles de contenir
des OGM, en attendant l’étiquetage )…
Contact : réseau info conso de Greenpeace : 01.53.43.85.70. « Que Choisir » garde également un œil sur la question. ( source Greenpeace. Hiver 98. /
* les phrases
en italiques sont des réflexions personnelles )
- « Et dire qu’il suffirait de ne pas en acheter pour que ça ne se vende pas ! » (Coluche).
Là encore, si les gens se mettaient enfin à consommer vraiment des produits biologiques et à délaisser leurs chers supermarchés, les choses n’en seraient pas là !
-
« …Deux fois dans ce siècle, la science a franchi une barrière qu’elle
aurait du craindre. Dans les deux cas, un noyau fut maltraité : le noyau
atomique et le noyau cellulaire. » (
Erwin Chargaff, biochimiste, cité par Max Labbé, dans « Le soja, cette étonnante
légumineuse ». auto-édition, 1997 )
COLLECTIF « HALTE AUX OGM » :
Ce collectif rassemble plusieurs associations ou organismes tels que : La Coordination Nationale pour la Défense des Semences Fermières, La Confédération Paysanne, Greenpeace, Force ouvrière Consommateurs, Nature et Progrès IDF, Action Santé Environnement, Horizon Vert, la Ferme Ste Marthe, L’école d’agrobiologie de Beaujeu, pour ne citer que les plus connus.
« Santé
et environnement » édite un dossier de 280 pages sur les OGM : « Matériaux pour une intervention contre
l’impérialisme des multinationales du transgénisme ». A commander
contre un chèque de 120 F à Santé
et Environnement, 53.Av. Mathurin Moreau. 75019. Paris.
Contact « Halte aux OGM » : 50, rue d’Avron. BP 53. 75020. Paris.
SEMENCES DE PAIX CONTRE GUERRE DES SEMENCES :
En fait, les plantes
transgéniques ne sont pas tombées de la dernière pluie, au contraire, le terrain
leur avait été diaboliquement et efficacement préparé. Voici des renseignements
que l’on ne trouve pas partout, mais qui éclaireront ceux et celles qui ne
comprenaient pas pourquoi leurs parents ou grands-parents parlaient de toutes
ces variétés potagères qu’on n’arrive plus à trouver aujourd’hui : que
sont-elles devenues ? Pourquoi les avoir laissées disparaître ?
Un peu d’histoire, mais pas
de celle des manuels scolaires ni
des médias en tous cas…
… « …C’est le 2
décembre 1961 que la première offensive de la « Guerre des semences »
débuta officiellement, lors d’une convention, à Paris, qui donna naissance à un
organisme international siégeant à Genève, L’U.P.O.V ( Union pour la Protection
des Obtentions Végétales ) dont le but est de promouvoir et de coordonner les
législations du monde relatives aux brevets sur les nouvelles variétés de
plantes potagères, céréalières, fourragères et arbres fruitiers.
La France promulgua en 1970
une loi relative à la protection des obtentions végétales selon laquelle toute
obtention végétale nommément désignée peut faire l’objet d’un titre
appelé « certificat d’obtention végétale ».
Aux USA , malgré une
vive opposition publique, le Sénat vota des amendements afin de pouvoir
s’aligner sur les législations européennes et devenir membre de l’UPOV.
L’Angleterre devint membre
après avoir promulgué le 1er juillet 1973 le « Seeds
Regulation » interdisant à la vente toute variété de plante non inscrite
sur « le catalogue commun » de la Communauté Européenne . De
courageuses associations de jardiniers biologiques s’opposèrent aux brevets
végétaux, mais en vain ou trop tard : quand ils eurent enfin réuni les
fonds nécessaires, la plupart des variétés potagères qu’ils espéraient sauver
avaient disparu.
En effet, l’établissement
d’un système de brevets sur les plantes – qui préparait déjà le terrain aux
brevets OGM – ouvrit toutes grandes
les portes des grainetiers aux multinationales jusqu’alors peu intéressées par
ce secteur.
Les plus gros achetant les
plus petits, Royal Dutch Shell devint du
jour au lendemain, la plus grande firme mondiale de l’agro-chimie et du secteur
des semences après avoir racheté 74 compagnies productrices de semences en
Angleterre. Entre 1970 et 1984, quelques 839 firmes productrices de semences
furent ainsi rachetées de par le monde par Shell Oil, Occidental
Petroleum , Sandoz ( futur
Novartis ), Monsanto etc… Ainsi, après avoir maîtrisé totalement les
secteurs de la fertilisation (engrais), de la phyto-pharmacie ( pesticides etc)
le dernier maillon de la chaîne était – et est toujours - contrôlé par les
multinationales. La destruction du patrimoine génétique elle, ne faisait que
commencer : selon une
estimation de 1990, près de 60000
espèces sont condamnées à disparaître. Sur les dizaines de milliers de plantes
comestibles que recèle le monde végétal, seulement trois mille d’entre elles ont
été utilisées dans l’histoire de l’humanité. Sur ce nombre, seulement 150
espèces sont inscrites au registre du commerce international. Actuellement, une
trentaine de ces 150 pourvoient à plus de 90% des ressources alimentaires de
l’humanité : les céréales, légumineuses, tubercules (pomme de terre etc),
les fruitiers et quelques plantes oléagineuses et sucrières.
Pour donner un exemple de
cette désertification de
l’agriculture mondiale, en juillet 1980, lorsque la législation sur « la
protection des obtentions végétales » prit pleinement son effet, 2126 espèces potagères devinrent illégales
à la vente. Ainsi, 80% des variétés potagères disparurent des catalogues. On
prévoyait en 1991 que plus de ¾ des
variétés de légumes cultivés en Europe auraient disparu à cause de la
législation des brevets.
Par exemple, le National
Seed Storage Laboratory, une banque de gènes gérée par le gouvernement des USA, avoue ne plus conserver que 3%
de toutes les variétés potagères qui étaient disponibles sur les catalogues
américains des années 1901-1902.
Sur les catalogues de
graines d’Allemagne fédérale en 1982, il ne restait plus que 5% de variétés non
protégées par des brevets. En France, il n’est que de consulter des
catalogues nationaux ou de regarder
les rayonnages des grandes jardineries pour constater la pauvreté de choix de
variétés pour une même espèce potagère… »
Le reste de l’enquête de
Dominique Guillet ( « Semences de paix » in « La rose et la passiflore »
Ed. Rose et Passiflore.1992 ) fait froid dans le dos, et cela se passait à une
époque où personne ne parlait encore de tout ces trafics.
Heureusement, patiemment,
dans l’ombre, de nombreux passionnés travaillent à retrouver ces variétés
anciennes, sous couvert de collections, ou de « conservatoire », pour
ne pas tomber dans l’illégalité ! et c’est ce qui a donné, entre autres, le
catalogue Terre de Semences, mais aussi ceux de Germinance, Biau Germe, Ste
Marthe, pour ne citer qu’eux.
CULTIVER SON
JARDIN …
Que ce soit dans son
terrain ou sur son balcon, rien ne remplace les fruits et légumes du jardin.
Pendant que les biochimistes élaborent des nouvelles plantes mutantes,
patiemment et à l’insu du grand public, des jardiniers passionnés travaillent à
la sauvegarde de toutes ces variétés de graines que les « sciences de la
vie » voudraient bien supprimer, pour à long terme, imposer les
leurs :
En
effet, un OGM, parce qu'il a été
modifié, est la propriété exclusive de son modificateur, qui va tout faire pour
que la nature ne reprenne pas ses droits ( elle n'a pas déposé de
brevet, elle ! ). Tant que le paysan ou le jardinier va semer des graines
naturelles, l'investisseur ne touchera pas d'argent...
Face à toute cette
corruption et cette dictature du sale fric, il est des récompenses qui mettent
du baume au cœur des défenseurs de la nature : tenir entre ses mains le
catalogue « Terre de semences » est un enchantement qui donne du
courage et de l’espoir quand on pouvait croire que tout était perdu !
Réservé aux initiés, pas plébiscité par la grande conso, ce catalogue propose
des centaines de variétés de graines « oubliées » ( ou plutôt mises au
rencart au profit des variétés standard ).
Jugez plutôt : rien que
pour les tomates, il y a quelques 300 variétés, aux noms évocateurs de
« Aurora »
« Eros », « Marmande », « Delicious »,
« Cœur de velours », « Goutte d’eau », « Douce de
Picardie »… Chaque variété apporte de quoi rêver à un jardin idéal et plein
de vie et d’espoir.
En prime, des textes et des
listes d’autres fournisseurs passionnés de graines rares.
Terre de
Semences.
Chemin de Parenove. 30100. Alès. Catalogue franco de port contre 45 F.
Tel : 04.66.30.64.91 /
Fax : 04.66.30.61.21
SAUVEGARDONS LES
SEMENCES :
« …Faut-il le
rappeler, un seul grain recèle une force capable de nourrir l’ensemble du genre
humain. Cela rend d’autant plus inacceptable et scandaleuse notre
défaillance de n’être pas parvenus
à assumer cette mission plus essentielle que toute autre, à savoir la nourriture
pour tous. Et si aujourd’hui, à l’heure des prouesses et des magies de la
technique, les disettes et les famines affectent encore tant de nos semblables,
c’est en particulier parce que la terre, la glèbe, dont la vocation est de
nourrir en exaltant tous ses prodiges, a été asservie à produire du capital
financier ( …) chaque jour, le patrimoine nourricier est atteint dans ses
fondements, chaque jour se confirme le génocide par anticipation que nous
affligeons aux générations à venir. Bien entendu, dans ce scénario de l’absurde,
une grande part du patrimoine végétal et animal subit une érosion quasi
irréversible… Dans cette tourmente sournoise, comment ne pas être reconnaissant
à tous ceux qui se donnent la mission de sauvegarder les biens garants de la
survie, de la dignité de l’autonomie et de la liberté des
populations ?
Héberger, expérimenter,
démultiplier, participer à la sauvegarde de la biodiversité sauvage et
domestique avec détermination est non seulement un acte d’écologiste engagé,
mais une expression authentiquement politique. Comment ne pas être reconnaissant
à Terre de Semences et à Dominique Guillet, son fondateur et animateur, de leur
engagement fou, de leur obstination en dépit de tant de difficultés surmontées
sur ce chemin d’insurrection constructive ?
Sauvegarder les
semences pour ensemencer les
jardins, c’est aussi ensemencer les consciences pour un futur plus harmonieux et
fécond. »
Extrait de Pierre Rabhi.
( in « Terre de Semences »
1999.)
..............
…-
« Je suis chargé de procéder à l’élimination de la culture rurale et de la
paysannerie, commença le rapporteur.
-
« Et pourquoi précisément de la paysannerie ? » demanda le
médecin.
-
« Parce que l’existence de l’humanité commence et se termine avec la
paysannerie. »… (
Günther Schwab : « La danse avec le Diable » Ed. du Vieux
Colombier, 1963/Le Courrier du livre, Paris ).
LE MAÏS…
« …Après en avoir
dépossédé les indiens du Mexique, les grandes firmes américaines ont mis au
point l’hybridation systématique du maïs, dans les années 1920-1930. Très vite,
les paysans ont été obligés d’acheter des semences aux trusts de l’époque. Le
système d’esclavage moderne a tellement bien fonctionné que par la suite, le
maïs est devenu le symbole d’une agriculture triomphante, remplaçant au fur et à
mesure les autres céréales dans l’alimentation du bétail, aussi bien en grains
que sous forme d’ensilage.
La naissance, en 1994,
de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a rendu possible l’uniformisation
encore plus poussée du modèle industriel en agriculture. Ayant capitulé devant
les USA, l’Europe a accepté de placer l’échange des biens agricoles au même
niveau que les biens manufacturés. L’abandon de fait d’une partie de la
protection communautaire et de la spécificité agricole transforme radicalement
la forme des échanges. Elle institutionnalise les prix mondiaux de dumping,
comme seuls régulateurs des flux de marchandises.( …)
L’objectif est
clair : rendre l’approvisionnement pour les paysans obligatoire en produits
manipulés. Mais si la résistance s’intensifie, si le refus des éleveurs
d’accepter ces produits se renforce en lien avec les consommateurs, les pertes
financières des grands groupes pourront modifier leur choix d’investissements.
C’est pourquoi la Confédération Paysanne s’investit dans ce combat.
L’avenir de l’agriculture paysanne se joue en cette fin de siècle…Refuser
aujourd’hui le brevetage du Vivant, c’est faire le choix de l’avenir, c’est
refuser que la vie ne se transforme à son tour en marchandise, étape ultime du
capitalisme mondialisé. » ( extrait de : José Bové, Confédération
Paysanne, in Greenpeace Automne 98 ).
… « Et ta
colère est venue, et le temps est venu…de détruire ceux qui détruisent la
terre. » (Apocalypse 11-18)
Le chant du maïs :
Pour finir sur une note enchanteresse et optimiste,
un extrait de l’histoire de John Kimney, ethnobotaniste, qui était alors l’hôte
de David Monongye, chef religieux et ancien de la tribu des Hopis :
… « C’était
le mois de juillet, il y a plusieurs années de cela, j’étais invité pendant
quatre semaines à Third Mesa, dans le pays Hopi. Cela faisait trois semaines
qu’il n’avait pas plu et les terres suffoquaient sous l’emprise des chaleurs
torrides. C’était le milieu de la journée et mon hôte s’était assoupi
paisiblement dans la fraîcheur de sa maison de pierre. Je ne pouvais pas rester
en place. Je fermai doucement la porte moustiquaire derrière moi et je
m’enfonçai dans la chaleur de la kisnovi, la place du village.
Je cherchai du regard à
déceler un quelconque mouvement mais tout était aussi calme qu’à minuit. Seul un
chien remua pour ne rien perdre du peu d’ombre de midi. Tout le reste du village
semblait respecter le rituel de la sieste profonde que Tawa, le Père-Soleil,
leur imposait quotidiennement.
- « Juste les
chiens fous et les anglais au soleil de midi » murmurai-je d’un ton rêveur.
Je ne savais même pas où j’allais en descendant le bord de la mesa, sur un
sentier qui avait été, il y a longtemps, picoré dans les roches tendres, durant
des jours plus frais.
(…) Après une marche
d’environ un quart d’heure, le sentier bifurqua soudain vers le nord, autour
d’un tas d’éboulis. Avant que je puisse voir de l’autre côté des rochers,
j’entendis faiblement une voix qui chantait. Je ralentis mon pas et risquai un
regard.
Il y avait devant moi
une étendue de maïs, la plus vaste qu’il m’ait été donné de contempler dans
cette région. Elle était si grande qu’elle ne semblait pas pouvoir être Hopi. Je
ne voyais encore personne mais le chant devint plus clair.
Je devinai que c’était
la voix douce et puissante d’un vieillard. Mais où était-il donc ?
J’attendis encore quelques minutes, en écoutant ce champ de maïs qui chantait.
Et puis soudain, des touffes vertes de maïs émergea une tête blanche qui au fil
des rangs, se mouvait lentement
sans cesser de chanter…
Ce champ de maïs, en
plein milieu de l’été, était magnifique et luxuriant. Il y avait à peu près une
douzaine d’épis qui mûrissaient dans chaque touffe, et une évaluation rapide
m’indiqua qu’il y avait sans doute 1200 touffes de plants de maïs.
Le sol était sec et
parcheminé à la suite de la longue sécheresse et, cependant, le maïs ne montrait
que peu de signes de fléchissement au contraire de la plupart des autres champs
que j’avais pu observer tout autour du village. Les plaintes que j’avais
entendues de la part des fermiers vivant près de la maison où je demeurais
m’avaient laissé penser que tout le maïs dépérissait de soif . Pourtant, ce
champ semblait tout juste avoir été béni par la pluie !
Je remontai
tranquillement le long du chemin menant au village, sans être vu par le
vieillard. Mon hôte était éveillé et me demanda où j’étais allé. Lorsque je lui
expliquai ce que j’avais vu et entendu, l’intérêt qu’il témoignait pour l’objet
de mes errances se transforma en sourire amusé.
- « Je vois que tu
as trouvé le champ de Titus » dit-il, en émettant un petit rire
étouffé.
- « Mais pourquoi
ce champ est-il si resplendissant ? Possède-t-il une source d’eau
secrète ? »
Grand-père se contenta
de rire. – « Bien sûr que non. Mais il possède Navoti. »
- « Qu’est-ce que
cela ? » demandai-je en pensant que peut-être il existait un
fertilisant secret accessible seulement à certains clans.
- « Il possède la
Voie Hopi » m’expliqua Grand-père, après une pause pensive. - « Il
connaît les vieux chants qui rafraîchissent ses enfants maïs. Il récite ses
prières correctement pendant le semis. Et, ce qui est plus important que tout,
il sait qu’il ne faut pas se faire du souci, car l’angoisse nuit aux plantes
tout autant que la sécheresse. Plutôt que d’angoisser, ce qui rendrait ses
enfants nerveux, il va vers eux dans la chaleur du jour et il leur chante les
vieux chants qui sont, pour ses enfants, source de courage. »
- « Mais
Grand-père, les autres hommes s’aperçoivent sûrement de la différence de son
maïs. Pourquoi n’apprennent-ils pas ses chansons et pourquoi ne les chantent-ils
pas ? »
Mon vieux maître Hopi
soupira.
– « Cela ne
servirait à rien. Navoti ne vit plus dans les semences des autres. »…
Extrait de « The first Ten Years.1986. Seed
Savers Exchange. K. Whealy. Traduction de D. Guillet. Cité en entier dans
« Terre de semences 1999. »
…
Mais je pense que Navoti ne demande qu’à revenir. A nous de savoir la
retrouver : les choses ne peuvent changer vraiment que lorsqu’on décide de
changer individuellement ; pétitions, lettres aux multinationales
etc : oui, d’accord, mais si c’est pour continuer à pousser son caddie et à
le remplir d’autres m…. , ce n’est que partie remise… Cultivez, achetez et
cuisinez biologique, ce n’est pas si difficile de changer le monde.
Mireille
Saimpaul.
POUR EN SAVOIR PLUS ( et pas que sur les O.G.M ) …
Revues :
Les
Quatre Saisons du jardinage
(
B.P 20, 38711. Mens )
Silence
( 9,
rue Dumenge. 69004. Lyon)
Biocontact
(
journal gratuit distribué en magasins bio ) 24,
rue Pech de Galez. 81600. Gaillac. )
Pour cultiver son jardin et résister aux OGM et autres
fléaux :
Terre de
Semences.
Chemin de
Parenove.
30100. Alès. Catalogue
franco de port contre 45 F.
Tel : 04.66.30.64.91 / Fax : 04.66.30.61.21
Remerciements :
Merci
à l’épicerie biologique coopérative BIOVENTURE (dont je suis la gérante…) et donc à tous
ceux et celles qui font fonctionner la coop en achetant bio, contribuant ainsi
efficacement – et sans tapage – à la suppression des OGM & Cie.
BIOVENTURE,
Le
Verdalaï. 13790. Peynier.
.........
Merci
à la scoop PROBABIO, distributeur de produits
biologiques de qualité auprès des
petits magasins bio et coopératives biologiques de proximité, de défendre cette
forme de commerce qui tend elle aussi à disparaître au profit des grandes
surfaces et du… profit.
Points
de vente desservis par Probabio
( où
l’on peut éventuellement se procurer « Le Haricot vert » sur demande
à :
Probabio. Rte d’Avignon, 84170. Monteux.