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 Point de vue éthique

                        "Ce qui peut paraître un petit problème peut devenir une grande cause"

                        Jean-Pierre Fournier

       "Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs

      Je me suis tu : je n'étais pas juif.

      Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes

      Je me suis tu : je n'étais pas communiste.

      Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,

      Je me suis tu : je n'étais pas syndicaliste.

      Lorsqu'ils sont venus me chercher,

      Il n'y avait plus personne pour protester".

                        Pasteur Niemoller, victime de l'holocauste

                       

      Le combat contre le principe d'éradication n'est pas un combat d'arrière-garde. La Suisse, pays très civilisé, a mis en oeuvre des techniques d'éradication jusqu'à une date très récente (entre 1926 et 1972). Les autorités de ce pays étaient alors déterminées à "vaincre le mal du nomadisme à sa racine...".Dans un article publié par Le Monde Diplomatique du mois d'octobre 1999 sont exposés les résultats d'une étude historique qui lève toute ambiguïté sur cette opération. 

     Les Suisses ont tenté d'éradiquer la culture Tzigane !   Nous avons cru utile de "pirater" une phrase de cet article pour montrer le  passage insidieux possible de l'homme au varron et vice versa. Dans ce texte, nous nous sommes bornés à ajouter les mots entre crochets :

      "Leur mode de  vie [des varrons],incompatible avec les principes moraux de la société [d'agriculteurs] bourgeoise, convaincue que l'errance [la migration] mène au crime, devait donc être normalisé [à l'aide de la microdose]".

      Il est évident qu'aujourd'hui le programme d'éradication mis en oeuvre en France ne se place pas sur le même plan de valeur. Cependant, il a les mêmes caractéristiques d'intolérance, et de rejet arbitraire de la diversité, comme nous allons le montrer.

     Hommes de base, paysans, consommateurs, devant la décision d'éradication du varron, nous ne pouvons rester indifférents, et nous nous insurgeons devant l'irresponsabilité des décideurs qui négligent une fois de plus "le devoir de prudence". On ne connaît jamais les responsables après "les coups durs". Depuis quinze ans nous avons vu se dérouler de nombreux scandales dont nous avons subi les conséquences :

            le sang contaminé

            l'amiante

            l'hormone de croissance

            Tchernobyl

            les pollutions du Rhin, du Danube, l'Erika

            La Hague

            la Vache Folle...

      Aujourd'hui les éradicateurs font fi de l'opinion des autres, ils imposent la leur. Ils commencent l'éradication à l'échelle humaine en gommant les différences. Vous trouvez cela exagéré ? Pour preuve lisez ceci :

      " Dans l'attente, je vous informe que la qualification de votre cheptel est suspendue et que vous ne pouvez plus prétendre à l'obtention des cartes vertes. Dans le cas où vous n'effectueriez pas ces prophylaxies obligatoires, nous nous opposerons au versement des indemnités de l'Etat, telles celles prévues pour les prophylaxies et l'indemnité spéciale montagne ISM et serons en droit d'exercer à votre encontre des poursuites judiciaires qui s'imposeraient. J'ai demandé par ailleurs au groupement de Défense Sanitaire de ne pas vous reverser les aides du Conseil Général ainsi que les indemnités prévues pour la prophylaxie. Il faut comprendre l'enjeu de cette prophylaxie et on ne peut tolérer qu'un éleveur mette en péril l'effort de tous les autres." ( 10 mars 1995 )

      Ce chef d' oeuvre  de littérature administrative émane des services vétérinaires du Rhône et concerne la prophylaxie du varron. L'éleveur n'a plus qu'à crever : on lui interdit tout commerce de ses animaux (refus des cartes vertes), on lui supprime toutes les aides qui ne sont qu'une compensation de la politique des bas prix et, s'il existe encore, on le traduira en justice où, sous-entendu, il sera condamné à une amende et à de la prison s'il persiste.

      Il y aurait de quoi trembler si toutes ces menaces n'étaient pas que du bluff :

            - ils n'ont pas le droit de retenir les cartes vertes pour défaut de la prophylaxie varron;

            - ils n'ont pas le droit de refuser de payer des aides qui ne sont pas assujetties à cette éradication;

            - quant aux poursuites en justice, nous les avons presque toutes gagnées, preuve que leur bon droit n'est pas aussi évident qu'ils le proclament haut et fort, sur leur piédestal (annexe XIII).

      Preuve que quand les hommes se mettent debout, bien des chéfaillons s'écroulent.

      En Basse Normandie, le Directeur Régional de l'Agriculture appelle récemment à mots couverts à des sanctions physiques contre les refuseurs ! Lisez plutôt : (la lettre date du 7 janvier 2002) 

      " Monsieur le Président(de la FRGDS)...Il me semble que les premiers responsables de l'inefficacité partielle de la campagne collective sont ces deux éleveurs ... J'adresse donc copie de votre correspondance à la directrice et au directeur des services vétérinaires... en leur demandant de bien vouloir mettre ces éleveurs devant leur responsabilité. A cet égard, je vous remercie de m'avoir informé de l'anomalie constatée dans les deux élevages cités dans votre courrier et vous prie de bien vouloir renforcer le plan de surveillance au prés des éleveurs, avec une attention particulière sur les agrobiologistes.

      En tout cas, je reste à votre disposition et me propose de vous recevoir à la DRAF lorsque la directrice et le directeur des services vétérinaires ...auront déposé leur conclusion et auront pris les dispositions judiciaires s'il le faut pour faire disparaître le varron de l'élevage bovin normand...

      J'adresse copie aux deux éleveurs non conformes dans leur pratique en appelant leur attention sur le fait qu'ils s'exposent aussi à perdre le bénéfice des aides liées à l'agrobiologie, pour non observation des bonnes pratiques."

     Outre que les sanctions énoncées par la DRAF sont toutes illégales, il faut ajouter que dans cette région l'Etat a perdu toutes les procédures au  fond ! Voilà qui s'appelle s'asseoir sur l'Etat de droit.

      Combattre le programme d'éradication du varron, dans lequel s'inscrit celui de la France, est un acte politique et d'autodéfense. En fait, l'Europe fonctionne comme la France et vice-versa. C'est à dire qu'insidieusement, un pays après l'autre, le traitement fait tâche d'huile, sans que les écologistes et les agrobiologistes officiels veuillent s'en rendre compte.

     Il est d'autant plus urgent de se mobiliser que le principe d'éradication augmente son champ d'application. Les vignerons sont contraints de traiter en vue de l'éradication de la cicadelle, insecte proclamé vecteur de la flavescence dorée. Les éleveurs bovins voient arriver l'obligation de traitement contre l'IBR, maladie inoffensive, et derrière elle se profilent de très nombreuses prophylaxies et obligations qui réduiront à néant tous les efforts pour produire des aliments sains.(annexe XIV).

      Et ce n'est qu'un début. La Fédération Nationale des Groupements de Défense Sanitaire (FNGDS) n'a mis en place cette éradication que pour faire la preuve de son savoir faire et obtenir la gestion des prophylaxies publiques (brucellose, leucose et tuberculose). Elle y est presque parvenue, ce qui signifie que la santé animale est quasiment privatisée, avec la complicité de la Confédération Paysanne et de tous ceux qui se taisent. Dans quelques années il en sera fini des petits agriculteurs, car nous n'aurons plus à faire à des fonctionnaires, mais à des concurrents. Chaque fois qu'un contrôleur fera disparaître un agriculteur, ce seront des hectares générateurs de primes qui tomberont sous la coupe d'un gros, patron du contrôleur. En plus, une référence de qualité sera supprimée rendant de plus en plus difficile le choix de son alimentation.

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